Ecoutez quelques extraits pour mieux sentir et comprendre la beauté et la vitalité de la langue québécoise!
Visionnez le clip de Mes Aïeux « Dégénération », 2004, Album: En famille, à la Fête Nationale du Québec en 2008 (1) (2)
Ton arrière-arrière-grand-père il a défriché la terre Ton arrière-grand-père il a labouré la terre Et pis ton grand-père a rentabilisé la terre Pis ton père il l'a vendue, pour devenir fonctionnaire…
(Nous remercions le Directeur du Bureau du Québec de Berlin, Monsieur Vaillancourt, ainsi que Madame Mélyssa Dubois pour les enregistrements!)
Notre objectif est de mettre à la
disposition des professeurs de français langue étrangère et tous les
internautes francophones amoureux de la Belle
Province des matériaux
didactiques prêts à l’emploi sous forme d’un
scénario d’apprentissage multimédia et de dossiers pédagogiques
téléchargeables. Le livre ne sert que d’introduction en jetant un
regard
documenté et didactisé sur l’évolution historique du Québec afin de
familiariser le lecteur avec les grands événements historiques de la
Nouvelle-France, de lui présenter un abécédaire de la civilisation
québécoise
et un grand éventail d’activités pédagogiques à exploiter en classe. Il
est le
port de départ d’où embarquera le lecteur pour trouver sa voie navigable vers
la Nouvelle-France et les trésors qui y sont cachés. Afin de profiter
pleinement de la semence du livre il s’agira d’aller récolter les
fleurs qui
éclosent sur le site internet adjoint, protéiforme et constructiviste,
auquel
vous pouvez aussi ajouter votre perle précieuse afin de venir habiter
ce pays
de la québécitude.
La
jeune ville de Québec au
17ème siècle et Québec aujourd'hui
Les Québécois,
ces Nord-Américains de langue française
comptent près de trois siècles de résistance linguistique et
s'illustrent
par leur lutte exemplaire contre vents et marées pour la
survie du français
face à la déferlante anglo-américaine. Lors d'une exposition sur
Astérix à Montréal en 1997 qui a battu tous les records d'affluence,
les Québécois francophones ont pu se reconnaître dans
l'irréductible
petit Gaulois qui tient tête à l'envahisseur - et la bataille n'est pas
finie! L'une des chansons qui traduit le mieux ce combat
pour
l'expression d'une identité culturelle et langagière est "Le
coeur de ma vie" de Michel Rivard.
« A
l’heure actuelle, la société québécoise
se définit comme pluraliste, moderne, dynamique et ouverte sur le monde.Le Québec est
nord-américain de par sa situation
géographique, français de par ses origines et britannique de par son
système
parlementaire. » [Pierre Boulanger, Président et directeur général, Société
du 400e anniversaire
de
Québec, 2008 [http://www.nordicaonline.net/Quebec.html ]
Après un survol historique consacré
aux Amérindiens et aux premiers explorateurs relatant La
légende d’un peuple et l'implantation
française en Amérique du Nord, nous
continuerons à défricher le terrain à travers le 17ème
siècle avec
la fondation de Québec (1608) et de la compagnie des Cent-Associés
fondée par
Richelieu, puis l’arrivée de Jean Talon et les filles du
roy sous Louis XIV. Au début du 18ème siècle
la Nouvelle-France connaît son apogée, puis ses premiers échecs et son
déclin
par la signature du Traité d’Utrecht (1713), la déportation des
Acadiens et la
guerre de Sept Ans qui se termine par le Siège de Québec, la
capitulation
(1759/1760) et la cessation du territoire à l’Angleterre sous Louis XVI
par le
Traité de Paris (1763). La
deuxième période clé de l’histoire du Québec
correspond à la suprématie de la deuxième nation fondatrice du Canada,
l’Angleterre, qui s’échelonne de la défaite française jusqu’à la
naissance de
la Confédération canadienne en 1867. Mais c’est déjà pendant la
Rébellion des
Patriotes (1837-1838) que s’amorce le réveil d’un peuple toujours à la
recherche de son identité. Au 20ème siècle le Québec est
touché par
la grande dépression et la Deuxième Guerre mondiale (1929-1945), les années Duplessis et la grande noirceur
(1945-1960), puis
par la Révolution tranquille et l’éveil d’un nationalisme (1960-1975)
qui
débouche sur les lois linguistiques (1977) pour la défense de la langue
française ainsi que sur un premier (1980) et un deuxième référendum
(1995) sur
l’indépendance du Québec et les problèmes liés au refus des Québécois
de signer
le rapatriement de la constitution du Canada (1982).
A l’époque de l’hypertexte nous vous
proposons aussi une lecture modulaire, à savoir un abécédaire
présentant
différents aspects de la civilisation québécoise sous forme d’un menu à
composer par un hôte alléché par l’odeur d’un éventail de textes. Cette
première orientation générale permet de se familiariser avec les multiples possibilités
éducatives que le lecteur pourra approfondir par la suiteselon ses goûts. Vingt-six lettres,
cela veut dire vingt-six manières de découvrir les différentes facettes
de la
Nouvelle-France. Les
cours prêts à l’emploi que nous vous proposons
d’exploiter à l’école ou à l’université ne servent que d’exemple pour
les
autres scénarios d’apprentissage qui se trouvent sur le site internet
et qui
sont le fruit d’un travail avec mes étudiants et des collègues enclins
à
partager leurs efforts en mettant gratuitement à la disposition des
enseignants
et élèves des modules pour la classe.
Ainsi
notre site a pour
objectif de mettre sur pied un portail éducatif dans une perspective
multidisciplinaire en s’inspirant d’une démarche hypertextuelle axée
sur une
multitude d’activités qui forment un véritable manuel de civilisation
électronique. Les sources de référence sont destinées aux professeurs
et aux
apprenants de français ainsi qu’à toute personne qui cherche à mieux
connaître
ce beau pays qui « n’est pas un
pays, c’est l’hiver » (Vigneault). Alors choisissez entre
plusieurs
itinéraires et bon voyage !
Le projet propose des textes à lire et
à écouter, complétés par des images et des explications de vocabulaire
(technique du « mouseover ») afin de faciliter la
compréhension par
une pédagogie différenciée qui fait appel à tous les sens. Des sujets
didactisés
pour les cours, des fiches de travail à télécharger en format PDF ou
Word ainsi
que des exercices de compréhension avec des fichiers sonores ou vidéo,
des
fichiers balados, des interviews et de nombreuses chansons complètent
le
scénario d’apprentissage en proposant un éventail de tâches parmi
lesquelles
chacun cherchera son itinéraire. Enfin on y trouvera des exercices
interactifs
pour un travail en autonomie et une auto-évaluation.
Les différentes rubriques abordées
sont l’histoire, la langue, la géographie, la musique, l’éducation,
l’immigration, la littérature, la poésie ainsi que les traditions
québécoises.
Chaque rubrique a pour objectif d’offrir des thèmes diversifiés adaptés
à un
travail en salle multimédia, mais aussi des dossiers téléchargeables
pour
travailler en classe. Ce projet crée des conditions
d’enseignement axées sur la tâche et l’autonomie de l’apprenant. Il
n’est pas
exhaustif et invite de par son caractère évolutif à un élargissement
perpétuel,
auquel les collègues intéressés peuvent apporter leur touche de
peinture. La
mise en réseau des meilleures contributions favorise l’échange
d’informations
et la coopération avec les collègues et les amis de la francophonie au
niveau
international afin de contribuer à la promotion et au rayonnement de la
culture
québécoise et d’augmenter le nombre des québéquistes à travers le monde.
Je vous souhaite une bonne
lecture et
un vent favorable pour une navigation facile afin d’explorer des terres
nouvelles en compagnie de vos matelots-apprenants de français.
Québec,
Gaule, même
combat!
Des
explorateurs ( 1534) au Traité
de Paris
(1763) La langue du Québec
n’est pas née d’hier et connaît
un
trajet migratoire
qui décrit sa genèse, son évolution et sa transformation. Effectivement
elle
fut d’abord la langue d’un gigantesque empire colonial français en
Amérique du
nord dont Jacques Cartier (1534) et Samuel Champlain (1604) furent les
premiers
explorateurs. La ville de Québec fut fondée par Champlain en 1608 et
n’était au
départ qu’un simple comptoir de commerce de fourrure avant de devenir
la
capitale de la Nouvelle-France. Dès
1609, sur rapport de
Champlain, Henri IV donne à la colonie le nom de Nouvelle-France
dont
Champlain devient le lieutenant-gouverneur en 1612. Mais Champlain n’a
pas de
programme de colonisation bien arrêté.
La
Compagnie de la
Nouvelle-France, aussi appelée compagnie des Cent-Associés, fondée
par le Cardinal de Richelieu se vit confier les colonies en 1627
et
fut la première véritable tentative de colonisation de la France en
Amérique.
Richelieu suggéra d'implanter un grand nombre de Français catholiques
en
Nouvelle-France pour stimuler le commerce d'une marine marchande et
pour
évangéliser les indigènes. Effectivement la Nouvelle-France ne recèle
ni or ni
argent, elle ne produit ni sucre, ni chocolat, ni café et la seule
denrée
intéressante est le castor. Il faut alors pénétrer de plus en plus loin
dans l’hinterland pour quérir la précieuse
denrée et intégrer dans un réseau commercial les tribus de chasseurs
qui
troquent la fourrure. Les Français profitent de leurs relations
amicales avec
les Hurons et les Algonquins, ce qui accentue cependant le conflit
huro-iroquoise.
Au début, vers 1630, la
Nouvelle-France ne comptait encore qu'une centaine d'habitants
dispersés en
deux groupes, l'un à Québec, l'autre à Port-Royal (en Acadie,
aujourd'hui la
Nouvelle-Écosse). Il n'y avait pas de quoi impressionner face à la
Nouvelle-Hollande, qui comptait déjà 10.000 habitants, et face aux
colonies
anglaises qui en avaient 80.000. De plus, tout fonctionnait mal en
Nouvelle-France, que ce soit sur le plan des institutions civiles, des
autorités religieuses ou de l'économie. Jusqu'en 1660, la France parla
d'abandonner les rives du Saint-Laurent. Néanmoins, entre 1627 et 1663,
la
population passa de 100 habitants à quelque 2500.
L'expansion
de la
Nouvelle-France s'accélère entre 1660 et 1713, à mesure que la France
établit
des colonies en Acadie et le long des rives du Saint-Laurent.
Lorsque le
jeune Louis XIV prend place sur le trône de France il réunit la colonie
à la
Couronne et lui donne le statut d'une colonie française. Après l’échec
quasi-total des compagnies, la Nouvelle-France connaît alors une phase
d'expansion décisive sous Louis XIV grâce aux talents de Colbert et de
Talon
qui engageront une politique dynamique de colonisation. Les immigrants
arrivent
beaucoup plus nombreux. En 1665, Louis XIV décide l'envoi de tout un
régiment d'environ
1200 hommes pour hâter le peuplement et pour défendre la colonie contre
les
Iroquois qui finalement seront soumis.
Jean Talon est nommé
intendant du Roi de France. Il fait venir de France, entre 1665 et
1670,
environ 900 filles du Roi. On les appelle "filles du Roi" bien
qu'elles ne soient nullement des princesses. Il s'agit plutôt
d'orphelines ou de filles de familles plus pauvres qui reçoivent une
dot (des
vêtements, du tissu, etc.) et un peu d'argent de la part du Roi de
France et
qui s'embarquent pour la Nouvelle-France. Arrivées en
Nouvelle-France,
ces filles, âgées de moins 25 ans, sont reçues dans les couvents
et elles
se trouvent un mari après quelques jours seulement. Elles vont
ensuite
s'installer sur des terres qu'elles doivent défricher et où elles
fondent une
famille.
D'autres lois sont mises
en place pour assurer la colonisation du pays. Par exemple, en
1669, le
roi décida de récompenser les gens qui avaient une famille
nombreuse. Il
décida alors de donner chaque année, 300 livres (monnaie française) aux
familles de 10 enfants et 400 livres aux familles de 12 enfants.
En 1670,
les pères de familles sont obligés de donner leurs filles en mariage
avant
qu'elles aient atteint l'âge de 16 ans et leurs garçons avant 20 ans
sinon, ils
doivent payer de lourdes amendes. Les coureurs des bois qui ne
voulaient
absolument pas se marier devenaient des hors-la-loi. Ce qui est
amusant,
c'est que même s'il a fait preuve de beaucoup d'imagination pour
coloniser la
Nouvelle-France, Jean Talon ne s'est jamais marié! - Avantagée par un
taux
extraordinaire de natalité (7,8 enfants par femme) et par une
immigration
abondante, le Canada vit se multiplier sa population; de 2500 habitants
en
1663, elle passe à 20.000 en 1713 et à 55.000 en 1755.
À travers tout le
18ème
siècle les Français et les Anglais se disputent les territoires que
chacun
possède en Amérique du Nord et s’affrontent dans plusieurs guerres.
Chacune des
métropoles envoie des troupes de soldats en renfort. Les Anglais
s'allient
avec les Iroquois alors que les Français s'allient avec les
Algonquins.
Au début de la guerre de 1756, les Français remportent plusieurs
victoires en
s'emparent de plusieurs forts anglais. Mais en 1758, l'Angleterre
qui est
déterminée à remporter la victoire, envoie d’autres renforts. La
France,
pour sa part, préfère garder ses hommes dans la métropole qui est aussi
en
guerre (la guerre de sept ans). C'est
ainsi qu'en 1759, les anglais comptent 26 740
hommes (26 080 soldats et 660 combattants américains et iroquois) alors
que les
Français en comptent 15 670 (4060 soldats et 11 610 Canadiens et
Amérindiens).
Dans sa
plus grande
étendue, avant le Traité d'Utrecht (1713), la
Nouvelle-France
comprenait cinq régions possédant chacune sa propre
administration :
- le
Canada (actuel Québec et Ontario) - l'Acadie,
(actuel Canada) - la Baie
d'Hudson (actuel Canada) - L'île de Terre-Neuve,
(actuel Canada) - la Louisiane
(centre des États-Unis,
des grands Lacs
à la Nouvelle-Orléans La frontière occidentale de ces colonies était ouverte sur tout l'ouest du continent, sans délimitation précise.
Puis
les Britanniques
conquirent Québec
en 1759
après cinq sièges, et quatre ans plus tard toute la Nouvelle-France. Le
cordon
ombilical qui attacha jusqu’à lors l’embryon nord-américain à la mère
patrie
fut définitivement coupé en 1763. Avec le traité de Paris,
la France céda tout le territoire de la
Nouvelle-France à la Grande-Bretagne ainsi que la
Louisiane à l'Espagne. L'Espagne
restitua la
Louisiane à la France en 1800
par le traité de San Ildefonso, mais Napoléon
la revendit à nouveau
aux États-Unis en 1803. -
La conquête anglaise fut cependant définitive et restera un traumatisme
de référence pour les
nationalistes-souverainistes jusqu’à nos jours.
Sujets d’étude (1)
Qui sont
les premiers explorateurs ?
Quand est-ce que la
colonisation de l’Amérique du nord a
commencé?
Quelle
ville a été la capitale de l’empire colonial français
et quand est-ce qu’elle a été fondée ?
Comparez
les deux images sur la ville de Québec au 17ème
siècle et aujourd’hui.
Au
départ, la ville de Québec n’était qu’un « simple
comptoir de commerce de fourrure ». Commentez cette phrase.
Quel est
le terme employé dans le texte pour désigner
l’ensemble des territoires occupés par la France ?
Quelle
association Richelieu a-t-il fondée et quelle a
été son objectif ?
Quelles
sont les tribus amérindiennes qui entretiennent des
relations amicales avec les Français et lesquelles avec les
Anglais ?
Comment
la population a-t-elle évolué entre 1663 et
1755 ?
Quelles
mesures le jeune intendant du Roi Louis XIV, Jean
Talon, a-t-il entreprises, pour renforcer le peuplement dans les
colonies ?
Énumérez
les cinq régions qui ont constitué l’empire
colonial français en Amérique du nord.
Consultez
une carte actuelle du Canada et indiquez où ces
régions se trouvent géographiquement.
Qui a été
l’adversaire des Français en Amérique du
nord ?
Par quel
traité les Français ont-ils dû céder définitivement
leurs colonies ?
Quel a
été le sort de la Louisiane ?
Qu’est-ce
que l’on entend par
« souverainiste » ?
Qu’est-ce
que le
« Traité de Paris signifie pour les
« nationalistes-souverainistes » ?
Le
québécois
est bel et bien une langue de France
quoiqu’il soit différent de tous les autres français du monde et qu’il
ne
s’agisse ni d’un créole, ni d’un dialecte, ni d’un patois et que le
québécois
se distingue aussi du français canadien comme le français
de France se distingue du français de
Belgique ou de Suisse.
Personne ne prétendra non plus que l'anglais parlé aux États-Unis soit
le même que celui parlé en Angleterre ou l'espagnol de l'Amérique du
Sud le même que celui parlé en Espagne.L'accent
québécois étonne
toujours les Européens
francophones qui le découvrent pour la première fois. Toutefois on ne
saurait trop recommander au voyageur d'éviter toute attitude chauvine
qui considérerait le français parlé au Québec comme
une forme
dégénérée de la
langue de Molière. Les Québécois, en effet, sont très sensibles sur ce
sujet, et fiers d'avoir su préserver leur langue et leur culture dans
une mer anglophone. Le Québécois est une langue qui a accédé
à la
modernité et s’est adaptée par des modifications particulières à son
environnement en développant son propre tissu linguistique.
A l’origine le français québécois était peut-être
plus français que le français « national ». Effectivement à
l’époque
de Louis XIV deux Français sur cinq ne comprennent ni ne parlent le
français et
seulement un Français sur cinq en a une connaissance active. Or les
premiers
colons qui venaient peupler la Nouvelle-France étaient originaires de
différentes provinces françaises et parlaient en dialecte picard,
normand, angevin, franc-comtois... et les militaires recrutés dans le
sud de la France utilisaient le limousin, le gascon et d'autres
dialectes languedociens. Les colons devaient donc faire des efforts
pour
parler
français afin de se faire comprendre dans une communauté linguistique
hétérogène où le patois « de la maison » n’était pas d’usage.
On
choisit alors la langue la plus prestigieuse, celle du roi, le
« françois », comme dénominateur commun. La grande majorité
des
femmes connaissait aussi, au moins partiellement, le français et l’ont
transmis
aux enfants.
Même à l’heure actuelle nous trouvons encore des
particularités de la langue québécoise qui remontent au français royal
de l’Île
de France, tels que l’usage de « y » au lieu de
« lui »
(ex. : J’y ai donné l’argent que j’y dois) ou encore les
fameux
« moi » (prononcé mo-e) et « toi » (to-e) du temps
de Molière.
L’usage du
français a donc été généralisé au Québec avant de l’être en France et
on y
parlait un français parfaitement bien sans aucun accent, ce qu’un
voyageur de
notre époque contestera. Mais le français du Québec a évolué en vase
clos par
rapport à la France et n’a pas subi les mêmes altérations. Ainsi le
français de
France a changé de norme depuis le Révolution de 1789 qui a revalorisé
la
langue bourgeoise, changement qui n'a pas pu se produire au
Québec.
« La langue de France aux accents d’Amérique »
a été isolée de la mère-patrie depuis la conquête britannique en 1759
et
exposée à un environnement anglicisant. Le français traversa dès lors
une
période d’anglomanie pendant laquelle il fut déprécié et humilié au
profit de
l’anglais. Mais il « déjoue le silence » et résiste, presque
miraculeusement, à toute tentative d’assimilation.
Le
québécois
est une langue moderne où
s'effectue la synthèse de son passé et de son présent. Il s'agit en
fait
d'une adaptation constante aux exigences contemporaines en utilisant
les bases
du français et les influences des langues voisines (anglais,
amérindien). Sa recette ? Des
archaïsmes, des
emprunts à l'anglais, des néologismes… Brasser le tout, couvrir et
laisser mijoter pendant plusieurs décennies, ajouter un peu d'accent et
servir.
Le
trait le plus caractéristique de la langue québécoise est la
diphtongaison du « è » en « a-ê
», ainsi baleine deviendra «balaêne
»; dans le parler populaire, certains «a »
seront écrasés en «a-o»
ce
qui fait qu'on prononcera «saoble » au lieu de «sable ».
Une autre particularité est la sibillation des « t »et des « d »
devant le « i »et le « u »: on prononcera « ta tsunique »
et « ton dzîner »
ou encore « lundzi »
et
«
politsique».
Aujourd'hui, pour la majorité du peuple québécois, cette langue dans
toute sa richesse et diversité, y compris la forme populaire portant le
nom de « joual »
(façon
vernaculaire de prononcer le mot « cheval »),
est un des signes d'identification du Québec. La quantité des
anglicismes présents dans le joual a cependant atteint des proportions
inquiétantes dans certains quartiers montréalais.
Sujets d’étude (2)
Énumérez quelques
continents et pays ou on parle français.
Différenciez entre
les
pays ou le français est a) langue officielle; b) langue administrative;
c) langue d'enseignement
Définissez
les termes « créole », « dialecte » et
« patois ».
Est-ce
que le québécois est un français dénaturé ?
Expliquez
la phrase « A l’origine le français québécois était peut-être plus
français que le français national ».
Combien
de Français ne comprenaient pas leur propre langue à l’époque de Louis
XIV ? Combien en avaient une maîtrise active ?
Énumérez
quelques dialectes et montrez sur la carte de France
les régions qui y sont associées.
Quelle
langue fut le dénominateur commun pour le parler québécois à l’époque
de Molière ?
Donnez
quelques exemples des spécificités du québécois.
Peut-on
avancer la thèse que le québécois était un français « avant
l’heure ?
Pourquoi
le français du Québec et celui de France ont évolué différemment ?
Quelles
ont été les conséquences de l’anglomanie sur la langue québécoise ?
À
quelles modifications a-t-elle été exposée ?
Quel
est le trait le plus caractéristique de la langue québécoise ?
Qu’est-ce
qu’une langue « vernaculaire » ?
Dans
quelle mesure se distingue-t-elle d’une langue véhiculaire ?
Peut-on
avancer que le québécois est une langue vernaculaire ?
Comment
s’appelle la forme populaire du québécois ?
Qu’est-ce
qui la caractérise et la
menace en même temps ?
De l'Acte constitutionnel (1791) à l'Acte de l'Amérique du Nord (1867) Dès
1791, l’Acte
constitutionnel adopté
par le gouvernement anglais
divisa le territoire en deux
colonies :
le Bas-Canada (futur Québec) à majorité de langue française et le
Haut-Canada
(futur Ontario) à majorité de langue anglaise. Mais dans les conseils
exécutif
et législatif du Bas-Canada la minorité anglaise primait sur
l’assemblée élue à
majorité canadienne-française. Commença alors
une
longue période où la langue des ancêtres fut
bafouée et
stigmatisée.
La révolte
des patriotes fut le
premier sursaut d’une organisation nationale
paramilitaire (les fils de la liberté) dont
Louis-Joseph
Papineau fut le chef de parti. Elle éclata à l’automne
1837 et fut cruellement réprimée dans un bain
de sang. Lord Durham fut nommé gouverneur général des deux Canada. Sa
politique
d’anglicisation qui était le seul moyen de garantir une paix durable en
rendant
impossible toute survivance nationale franco-canadienne, préconisa
l’assimilation et conduisit en 1841 à l’adoption de la Loi
de l’union qui réunit les deux Canadas sous le nom de Canada
uni avec un seul parlement. L’anglais devint alors la seule langue
officielle.
Cependant les Canadiens français continuèrent à se battre en vue de
leur
reconnaissance culturelle et linguistique. Le bilinguisme au Canada fut
consacré en 1867 par l’Acte de l’Amérique
du Nord britannique (AANB) qui réunit le Nouveau-Brunswick, la
Nouvelle-Écosse et le Canada (l’Ontario et le Québec) et fit du Canada
un pays
officiellement bilingue.
Sujets d’étude (3)
1) Quelles sont
les
conséquences pour la langue québécoise provoquées par a)
l'Acte constitutionnel (1791) b) la
Loi de l'union (1841) c)
l'Acte de l'Amérique du Nord britannique 2) Décrivez la "révolte des
patriotes"
Du début du 20ème siècle jusqu'à la révoltuion tranquille « Jusqu’au début du XXe siècle
l’Eglise
catholique reste
au coeur de la société canadienne française. En proclamant la langue
gardienne
de la foi, elle se pose elle-même en gardienne de la nation et devient
l’institution qui la personnifie. » (Epinette 1998 : 14) Mais
l’Eglise ne pourra empêcher que les écoles catholiques bilingues de
l’Ontario
seront placées sous l’autorité d’inspecteurs protestants anglais qui
imposeront
en 1912 l’anglais comme langue unique d’enseignement dans les écoles
élémentaires et limiteront les cours de français à une heure par jour.
Le
Québec qui s’attache à sa langue accepte cependant la prédominance de
la langue
anglaise dans l’économie. C’est seulement à partir de la seconde moitié
du XXe
siècle que l’Eglise perdra son pouvoir moral et son influence sur
l’éducation.
Aux alentours des années
soixante
des changements
radicaux
et rapides
affectent la société québécoise qui se laisse emporter dans une
« Révolution tranquille » en mettant en question tout ce qui
semblait
jusque là « coulé dans le béton » : la famille,
l’église, et la politique
d’un État qui sombre encore dans la passivité sociale sous Maurice
Duplessis
(Premier ministre de 1936-1939 et de 1944-1959) qui est en tête du
gouvernement
de l’Union nationale du Québec. Duplessis représente une politique du
repli sur
soi et refuse toute initiative de changement. Pourtant il se fit
l'adversaire
des politiques centralisatrices d'Ottawa et le plus grand défenseur de
l'autonomie provinciale que le Québec avait jusqu'alors connu. Il fit
de cette
lutte son principal cheval de bataille. Sa devise était «la coopération toujours,
l'assimilation jamais». Cependant
il n’intervint nullement face à la mainmise des
Canadiens
anglais et des Américains sur la propriété et la gestion des
industries. Les rouages économiques écartèrent systématiquement les
Québécois des postes à responsabilité exigeant l'usage de l'anglais.
La
révolution tranquille a commencé en 1959, lorsqu'à la mort de Maurice Duplessis, le gouvernement conservateur ne sut plus faire face aux attentes politiques d'une société en pleine mutation. Cette révolution qui a réalisé de profondes réformes administratives, sociales et économiques (réforme scolaire, création des ministères des Affaires culturelles et de l'Education, aide financière aux entreprises québécoises, nationalisation des entreprises hydro-électriques...), s'accompagna d'un mouvement indépendantiste qui demandait la souveraineté du Québec. En une dizaine d'années, cette évolution des mentalités transforma un Québec clérical et replié sur le passé en un pays moderne, laïque, ouvert sur le monde. Mais surtout, elle réussit à libérer l'économie québécoise de l'emprise anglo-saxonne - entre autre américaine. De nombreux artistes et intellectuels contribuèrent à l'expansion des idées nouvelles et à la création d'une réelle identité québécoise qu'ils ont fait connaître par leurs œuvres à travers le monde.
Sujets d’étude (4)
Expliquez
le rapport entre la langue, la foi et la nation.
Comment est-ce que le
problème du
bilinguisme dans les écoles élémentaires de l'Ontario s'est présenté au
début du 20ème siècle?
Donnez un éclairage sur
la politique
de Maurice Duplessis et évaluez les avantages et inconvénients de son
engagement linguistique et économique pour la société québécoise.
Quels sont les
bouleversements
provoqués par la révolution tranquille dans les années 60?
Les lois linguistiques et les deux référendums L’apologie
de la prise de conscience de la légitimité culturelle du peuple
québécois se traduit par les revendications en faveur de la défense de
la
langue québécoise, seule garant de l’unicité d’une société
multiethnique. Ce sont des lois linguistiques qui vont redonner
définitivement au français sa prééminence grâce à un arsenal législatif.
En 1969, la loi 93 va
promouvoir la langue française au Québec en instituant l'enseignement
obligatoire du français, langue d'usage, dans le réseau scolaire
anglophone, et en 1974, la loi 22 sur la langue officielle impose
l'usage du français
dans l'affichage public et oblige les entreprises qui veulent traiter
avec l'État à appliquer des programmes de francisation.
Après
sa victoire électorale de 1976, le Parti Québécois, francophone et
souverainiste (fondé en 1968) avec son leader René
Lévesque aspire à la souveraineté du pays et fait promulguer en 1977 la loi 101 dite aussi Charte
de la langue française qui d'un seul coup exige que le français soit la
langue officielle de l'administration, des cours de justice aussi bien
que du commerce et de l'enseignement; de plus, le français est
obligatoire pour les immigrants. Des anglophones portent plainte que
cette loi les rend inférieurs aux Québécois. Du même, des immigrants
critiquent cette politique d'assimilation forcée à la culture
francophone
du Québec. Cette loi devient le fer de lance
d’un nationalisme croissant. Le chanteur Félix Leclerc écrit à propos
de la Charte : « La loi 101 criait
aux deux Amériques ce qu’on leur cachait depuis des siècles, qu’une
Nouvelle-France existait à leur porte. La Loi 101 disait à l’univers
que les
Québécois étaient l‘un des peuples fondateurs du Canada. » (Klaus
1993 :
40)
La
loi 101 qui amorce un vaste programme de francisation sur les lieux de
travail et dans les institutions publiques et restreint aussi l'accès à
l'école anglaise aux seuls enfants dont l'un des parents a reçu
son enseignement primaire en anglais au Québec. Cependant cette loireste inconstitutionnelle
(déclaration de la Cour suprême du Canada en 1988) parce que le Canada
est un
pays officiellement bilingue. Mais cette loi a soudé et dynamisé les
communautés francophones dans leur conscience nationale et
linguistique. Au
début des années soixante l’anglais dominait dans les grands magasins
et sur
les murs des villes dont la population parlait à 85% français. Quarante
ans
plus tard le français est omniprésent et s’affiche dans 94% des
vitrines.
Effectivement la Charte préconisait
l’usage exclusif du français dans l’affichage public et commercial.
Avec la
renaissance de la langue française au Québec le nationalisme atteint de
nouveaux sommets et le français s’affirme comme jamais. 40 ans
après la Révolution tranquille,
les francophones sont plus solidement en place au commande des
finances du pays et la "francisation" de la société est de loin
meilleure à celle du début des années 1960. Le débat entourant la
politique linguistique n'est toutefois pas terminé (pour approfondir la
question, cliquez ici).
C’est
la
lutte acharnée engagée par René Lévesque qui
conscientise et
politise le Québec en ébullition au plus haut point et incite le
mouvement
séparatiste à vouloir quitter la fédération canadienne. Cependant lors
du
premier référendum du 20 mai 1980 la majorité des Québécois (59,6%) se
prononce
contre la souveraineté. Lors du deuxième référendum du 30 octobre 1995
les
résultats sont plus serrés et il ne manque que 50.000 voix (49,5%
votent pour
la sécession) pour accorder au gouvernement de la province le pouvoir
de
déclarer l’indépendance du Québec. Ce
sont surtout les lois linguistiques adoptées par les gouvernements
souverainistes qui garantissent l’identité culturelle du peuple
québécois.
Cependant les gros capitaux et la dépendance économique du Québec de la
première puissance économique du monde ne rendent pas probable un
nouveau
référendum dans un proche avenir ou les immigrants allophones de plus
en plus
nombreux auront aussi leur mot à dire parce que le Canada et le
Québec
sont des terres d’immigration. Le français n’est la langue maternelle
que de 5%
des Canadiens vivant hors du Québec et à l’heure actuelle le chinois
est plus
parlé à la maison dans les neuf autres provinces du canada que le
français dont
le chiffre diminue d’année en année.
Sujets d’étude (5)
1) Décrivez les
mesures
législatives entreprises pour redonner la prééminence à la langue
québécoise.
a)
1969, la loi 93 b)
1974, la loi 22 c)
1977, la loi 101 2) Quand est-ce que le parti
québécois fut fondé? 3) Quel fut son objectif? 4) Qui en fut le chef de parti? 5) Quelle fut la réaction des
anglophones et des immigrés face à la loi
101? 6) Commentez la citation de
Félix Leclerc. 7) Étudiez le rapport entre la
loi 101 et le mouvement nationaliste au
Québec 8) Quel rôle a joué René
Lévesque? 9) Quels furent les résultats
des deux référendums? 10 ) Le Québec est une terre
d'immigration. Commentez.
La situation actuelle et l'avenir Aux
élections du 14 avril 2003 le Parti libéral du Québec de Jean Charest a
remporté la victoire mettant fin à un règne de neuf ans du Parti
québécois. Le
Premier ministre du Canada, Jean Chrétien, s’en est réjoui et n’a pas
caché sa
satisfaction. En tant que fédéraliste il estime que les souverainistes
ont été
clairement détrônés au Québec même si la souveraineté n’a pas été au
cœur de la
compagne électorale. Depuis l’échec des deux référendums en 1980 et en
1995 on
ne veut plus vraiment entendre parler de nouvelle consultation sur le
sujet. L'avenir du Québec ne sera-t-il pas mieux assuré au sein du
Canada? Par
rapport au
reste du Canada,
le
Québec du dernier demi-siècle a pourtant accompli un rattrapage
économique spectaculaire qui s'est traduit par un essor sans précédent:
en 1961, le revenu annuel moyen des Québécois francophones
équivalait aux deux tiers seulement de celui des Québécois anglophones;
aujourd'hui on est tout près de la parité de revenu entre les deux
groupes linguistiques;
à l'époque, un jeune Québécois de 25 ans avait fréquenté
l'école
pendant 9 ans, contre 11 ans pour un jeune Ontarien; aujourd'hui, le
jeune Québécois a fait 15 ans de scolarité, autant que l'ontarien;
au chapitre du taux de chômage, l'Ontario ne devance plus
le
Québec que par 1,4 point (6,8% vs 6,2%), alors que l'écart atteignait
presque 5 points aussi récemment qu'en 1989.
À l'heure actuelle l'avenir du Québec
reste
cependant menacé par le déclin démographique le plus rapide des pays
industrialisés à l'exception du Japon, la concurrence mondiale de la
part des pays asiatiques, au premier chef de la Chine et de l'Inde,
puis
des pays latino-américains, et l'endettement public. Actuellement le
Québec consacre 16% de ses dépenses au service de la dette,
c'est-à-dire 7 milliards par année. Si le gouvernement ne parvient pas
à diminuer ce fardeau, la précarité financière s'aggravera brusquement
dès que les taux d'intérêt augmenteront. Avec une dette de 120
milliards, chaque augmentation d'un point des taux ajoutera, à terme,
1,2 milliard au service de la dette. L'allégement du fardeau de la
dette publique doit alors devenir une priorité.
Par ailleurs le déclin
démographique a aussi des répercussions sur le nombre des francophones
(et anglophones) qui est en recule, alors que le nombre des allophones
(personnes parlant une langue maternelle tierce) est en progression.
Dans la région de Montréal 40% des habitants ne sont ni de souche
française
ni de souche britannique. Montréal concentre à elle seule 88% de
l'ensemble de
la population immigrée du Québec et compose une fascinante
mosaïque humaine.C'est
dire
l'importance que prennent
ces nouveaux électeurs lorsqu'un scrutin se joue à quelques milliers de
voix près, comme ce fut le cas lors du dernier référendum
indépendantiste de 1995. Le danger ne se
présente pas sous forme de précipice, mais de longue pente descendante
qui pourrait se terminer par une glissade inexorable. Selon les
projections de l'Institut de la statistique du Québec, le Québec
comptera 7,8 millions d'habitants en 2050, à peine 300 000 personnes de
plus qu'aujourd'hui. Aussi tôt qu'en 2012, il y aura de moins en moins
de gens en âge de travailler, de moins en moins de jeunes et de plus en
plus de personnes âgées. En 40 ans, les 7,8 millions de Québécois
seront entourés par près de 1,2 milliards de personnes, parlant pour la
plupart anglais et/ou espagnol et devront faire face aussi à une
concurrence inédite venant des pays asiatiques. L'entrée de plus d'un
milliard de nouveaux travailleurs dans le circuit de l'économie
mondiale souffle sur l'économie mondiale et ne peut être ignorée de
personne. Depuis 2000, la production manufacturière a augmenté de 50%
en Asie, tandis qu'elle stagne au Canada. Au cours des deux dernières
années, le niveau d'emploi dans l'industrie québécoise de fabrication
de vêtement a diminuée de 40%. - Que fabriquerons-nous mieux que les
Chinois et les Indiens dans 10 ou 20 ans? Pour
demeurer une société distincte il faudra alors que le Québec continue à
se développer économiquement et socialement et qu'il ouvre les vannes
de l'énergie, de l'originalité et de la créativité afin d'assurer le
mieux-être de ses citoyens.
Sujets d’étude (6)
Qui est Jean Charest et quelle est sa position
politique ?
Quels sont les trois domaines dans lesquels le
Québec a accompli un rattrapage économique spectaculaire depuis la
révolution tranquille ?
Comparez et évaluez les chiffres mentionnés.
Par quels phénomènes l’essor économique du Québec
est-il menacé ?
Eclairez le problème de l’endettement public.
Dans quelle mesure la population allophone
évolue-t-elle et dans quelles conditions – hypothétiques – aurait-elle
pu faire basculer le dernier référendum en faveur des
souverainistes ?
Interprétez la phrase : « Le danger ne se
présente pas sous forme de précipice, mais de longue pente descendante
qui pourrait se terminer par une glissade inexorable. »
Quels sont les « nouveaux travailleurs »
mentionnés dans le texte et quel est leur impacte sur l’économie
mondiale et celle du Québec ?
Quelles mesures faudra-t-il envisager pour faire
face Là ce défi?
Pour approfondir la question
linguistique "L'issue du
référendum de 1980 affaiblissait le pouvoir du Québec de négocier avec
Ottawa
(gouvernement fédéral). Le premier ministre du Canada, Pierre Elliot
Trudeau,
convoqua, en juin 1980, les 10 premiers ministres provinciaux pour
entamer des
négociations constitutionnelles qui limitaient les pouvoirs de
l'Assemblée
national québécoise en matière d'éducation et de langue par la Loi
constitutionnelle de 1982. C'était, en quelque sorte, une espèce de
revanche de
la part des anglophones du Canada au refus du Québec de signer la
charte de
Victoria (Charte constitutionnelle canadienne) de 1971 qui élevait le
français
et l'anglais au même rang (Art. 10) pour neutraliser la Charte de
la langue
française qui avait fait du français la seule langue de
l'administration et
de l'enseignement. Ainsi le Québec ne pouvait plus imposer aux citoyens
canadiens venus d'autres provinces une langue d'enseignement autre que
la leur.
C'est spécialement
le paragraphe 23.2 de la Charte canadienne des droits et libertés qui
empêchait le Québec de se doter d'une protection efficace contre
l'emprise de
l'anglais en rétablissant le caractère bilingue de la société
québécoise.
"Les citoyens canadiens a) dont la première langue apprise et encore
comprise est celle de la minorité francophone ou anglophone de la
province où
ils résident, b) qui ont reçu leur instruction, au niveau primaire, en
français
ou en anglais au Canada et qui résident dans une province où la langue
dans
laquelle ils ont reçu cette instruction est celle de la minorité
francophone ou
anglophone de la province, ont, dans l'un ou l'autre cas, le droit d'y
faire
instruire leurs enfants, aux niveaux primaire et secondaire, dans cette
langue." En imposant un caractère bilingue à la société québécoise tout
en
sachant très bien que le bilinguisme avait dans le passé avantagé les
anglophones aux dépens des francophones, le gouvernement canadien n'a
pas
seulement court-circuité rétroactivement la loi 101 qui avait stimulé
la fierté
des Québécois, mais défavorisé la protection de la langue française
dans une mer
anglophone.
Brisé par la double défaite du référendum et du rapatriement de la
Constitution, le gouvernement du Parti québécois demeura impuissant
face aux
coups qui continuaient de l'assaillir. À deux reprises, il se contenta
d'encaisser les coups portés à la Charte de la langue française:
d'abord
en juillet 1984, lorsque la Cour suprême a invalidé l'article 73 de la
loi 101
qui n'accordait l'accès à l'école anglaise qu'aux enfants dont les
parents
avaient fait leurs études en anglais au Québec; puis en
décembre 1984,
lorsque la Cour supérieure du Québec a
invalidé l'article 58 de la loi 101 interdisant l'affichage dans une
autre
langue que le français en raison de la liberté d'expression consacrée
dans Charte
québécoise des droits et libertés de la personne.
Finalement la Cour suprême du Canada a, pour
sa part, confirmé en
décembre 1988 par la Loi modifiant la Charte de la langue française
(loi
178) que Québec avait le droit d'imposer l'usage du français, mais
ne
pouvait interdire l'anglais y compris dans le discours commercial.
Le
Québec ne pouvait donc plus interdire l’anglais, sauf s’il se prévalait
de
l’article 33 de la Loi constitutionnelle de 1982. Cet article
appelé
«clause nonobstant» ou «clause dérogatoire» permet de déroger à la
Constitution
canadienne. Cela signifie que le gouvernement d’une province peut se
soustraire
à certaines dispositions de la Charte des droits et libertés en
invoquant cette clause dérogatoire pour une durée n’excédant pas cinq
ans. Le
gouvernement Bourassa, cédant à la pression des nationalistes
québécois, voulut
conserver l’unilinguisme français, mais dut alors recourir à la fameuse
clause
dérogatoire de la Constitution canadienne.
Il
n’est pas surprenant que la loi 178 sur l'unilinguisme français
ait été
condamnée dans tout le Canada anglais parce que le Québec supprimait
alors des
libertés individuelles et la liberté d'expression accordée aux
anglophones. Un
comité des Nations unies a même donné raison aux anglophones à ce sujet
tout en
précisant que la communauté anglo-québécoise ne pouvait être considérée
comme
une «minorité» puisqu’elle fait partie de la «majorité canadienne».
La loi 86 ou Loi
modifiant la Charte de la langue française a été adoptée le 17 juin
1993.
Elle remplaçait la loi 178 (sur l'unilinguisme français) qui, adoptée
grâce à
la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés,
était
devenue caduque. La nouvelle loi 86 illustre le revirement du
gouvernement
québécois en matière de langue, car elle correspond à une «loi de
normalisation».
Toutefois,
malgré
les lois linguistiques et les succès indéniables du français au Québec,
la
majorité francophone n'est pas encore au bout de sa peine. Les
problèmes liés à
la dénatalité et à l'immigration constituent des défis de taille, et
ils n'ont
rien à voir avec les «Anglais»! Le défi démographique est plus grave
que les
questions d'ordre économique et constitutionnel. Si la société
francophone du
Québec refuse d'y faire face, elle aura perdu dans quelques décennies
le
«caractère distinct» qui a contribué à sa survie au Canada. Comme
les
droits constitutionnels résident en partie dans le poids démographiques
qu'ils
représentent au Canada, les francophones risquent de revivre avant
longtemps
les conflits linguistiques. Lorsque les Québécois commenceront à
représenter
moins de 20 % de la population canadienne, le rapport de force
diminuera encore
entre francophones et anglophones (à la faveur de ces derniers), tant
au Canada
qu'au Québec. Dans le cadre de l'actuelle fédération canadienne,
les
conflits sont là pour durer et la marmite linguistique risque de
renverser au
cours des prochaines décennies."