| L'histoire constitutionnelle du Canada |
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L'histoire constitutionnelle du Canada(Manfred Overmann / Anne-Ségolène Verneret / Barbara Cuer)
L'histoire constitutionnelle du Québec se divise en quatre régimes
distincts: le premier englobe la période du régime français qui
commence par l'érection de la croix de Gaspé par Jacques
Cartier et se termine par la défaite sur les plaines d'Abraham et la
capitulation de Montréal le 8 septembre 1760 (1534-1760). Le deuxième régime s'amorce
avec la conquête de 1760 et se prolonge jusqu'en 1867. Cette deuxième
période (1760-1867) qui se termine
avec l'Acte de l'Amérique du
Nord britannique est constituée par a) le Régime militaire, b) la
Proclamation royale de 1763, c) l'Acte de Québec de 1774, d) l'Acte
constitutionnel de 1791 et e) l'Acte d'Union de 1840. L'époque de
la Confédération (1867-1982) constitue le
troisième régime et comprend notamment la Déclaration d'indépendance du
Canada (le Statut de Westminster) de 1931 et l'indépendance de la Cour
suprême du Canada en 1949. La quatrième période de l'histoire
constitutionnelle débute avec la loi constitutionnelle de 1982 que le
Québec refuse toujours d'entériner (cf. Tessier,
Yves, 1994: Histoire du Québec: d'hier à l'an 2000; les fondements historiques du Québec contemporain. Montréal: Guérin: 14-22). La question constitutionnelle reste donc
ouverte et se complique même si l'on y ajoute les revendications des
peuples autochtones.
Le Régime françaisAu début de la Nouvelle-France l'administration est confiée à des compagnies qui, en retour de certaines obligations, reçoivent le monopole de l'exploitation commerciale de la colonie. En 1603, Pierre de Gua de Mons jouit de ce monopole. Il le cèdera au comte de Soissons en 1612 qui, à sa mort, le léguera au prince de Condé. En 1614, c'est la Société de Rouen et de Saint-Malo, un regroupement de marchands, qui entreprend l'exploitation de la Nouvelle-France sur l'initiative de Champlain. La Compagnie des Cent-Associés fondée par Richelieu en 1627 restera en place jusqu'en 1663. Cette compagnie se voyait octroyer le monopole de tout commerce à perpétuité, mais devait installer 4000 colons à ses frais en plus de veiller à la défense, à l'administration du territoire et à la conversion des Indiens. Lorsque débute le gouvernement royal avec l'avènement au pouvoir de Louis XIV en 1663, celui-ci détiendra toutes les ficelles du pouvoir et la colonie est directement rattachée à la couronne. C'est le ministre de la Marine qui assure le lien entre la colonie et la métropole et un gouverneur général, nommé par le roi, devient le représentant de la colonie. Le gouverneur est responsable de l'armée et des relations avec l'extérieur ainsi qu'avec les autochtones. C'est aussi le rôle du gouverneur de nommer un capitaine de milice qui veille dans les seigneuries à faire exécuter ses directives et celles de l'intendant qui est le deuxième personnage de la hiérarchie. L'intendant est également nommé par le roi et responsable de la police, de la concession des terres et des finances. L'intendant assure également la présidence du Conseil souverain qui se compose du gouverneur général, de l'intendant, de l'évêque et de cinq conseillers nommés par le gouverneur. Ce conseil, créé en 1663, est un organisme qui tiendra d’abord lieu de tribunal de dernier ressort, de conseils législatif et exécutif, mais qui se limitera avec le temps aux seules fonctions de justice. La Nouvelle-France est divisée en trois sous-gouvernements, ceux de Québec, Montréal et Trois-Rivières. (cf. Tessier, Yves, 1994: Histoire du Québec : d'hier à l'an 2000 ; les fondements historiques du Québec contemporain. Montréal : Guérin: 15)
La proclamation royale de 1763La capitulation de Québec et de Montréal ont sonné la fin de la Nouvelle-France. Cependant la guerre n'est pas encore terminée en Europe. C'est pour cela que l'Angleterre confie l'administration temporaire du nouveau territoire aux militaires. Cette période intermédiaire durera jusqu'à la signature du Traité de Paris, en février 1763, par lequel la France reconnaît la victoire anglaise et cède aux vainqueurs toutes ses possessions d'Amérique du Nord sauf les Îles de St-Pierre et Miquelon. Celles-ci devront servir d'abris pour les pêcheurs français, étant donné que la France a conservé un droit de pêche au nord de Terre-Neuve. L'autorité britannique veut prendre le contrôle total de la colonie et assimiler les colons franco-catholiques. La proclamation royale d'octobre 1763, émise par le roi Georges III de Grande-Bretagne afin d'organiser le gouvernement dans les nouveaux territoires qui forment la colonie britannique de la Province of Quebec, met en place les conditions législatives et réglementaires pour atteindre ces objectifs. Cette proclamation a une énorme répercussion sur les immigrants français et sur la population autochtone car la couronne britannique devient la seule entité autorisée à gérer les lois et à négocier le transfert des terres des Amérindiens aux colons. Dorénavant, la juridiction britannique reconnaît seulement l’anglicanisme comme religion officielle et impose le « serment du test » à tout employé de l’Etat. Ce serment inclut une abjuration de la foi catholique, ce qui exclut de fait presque tous les Canadiens Français des fonctions publiques. Pour donner un visage anglais à la nouvelle Province of Quebec le gouverneur Murray encourage l'immigration britannique et favorise la création d'écoles protestantes. Cependant l’assimilation de la population d'origine française reste très limitée parce qu'il n'y a que très peu de familles britanniques qui viennent s’installer sur le territoire. Les colons britanniques potentiels préfèrent en effet s'installer dans les anciennes colonies britanniques où ils retrouvent leur langue et leur culture. Dans les années qui suivent la conquête, le pourcentage de la population canadienne francophone de la nouvelle colonie britannique reste très élevé (95%), poussant à l’échec les ambitions de la proclamation. Le gouvernement autoritaire de Londres qui impose des taxes pour payer les dépenses de la guerre de Sept Ans ne fait qu'accroître les tensions entre colons britanniques et francophones.
L'Acte de Québec de 1774L'Acte de Québec de 1774 survient quatre mois après le Boston
Tea party de décembre 1773 et est une réaction
à un mouvement insurrectionnel qui commence à se faire
sentir. Le gouvernement britannique doit tenir compte des aspirations
francophones, car les 2000 Britanniques vivant sur le sol de la nouvelle Province du Québec
sont noyés au milieu de 90.000 francophones. Le
gouvernement craint que la population francophone largement majoritaire
s'allie aux rebelles américains qui eux aussi contestent
de plus en plus le gouvernement autoritaire de Londres. L'Angleterre
réfléchit alors à des modifications à apporter à la
Proclamation royale
qui s'avérait impraticable vu la majorité
écrasante des francophones
dans ce Québec que l'on voulait angliciser.
L'Acte de Québec instauré par la couronne britannique est une réponse aux agitations des colonies du sud afin de s'assurer la fidélité des Canadiens français dans l'éventualité d'une révolte des treize colonies américaines. Ce compromis garantit la survie des principales institutions et caractéristiques de la population francophone sous le régime britannique de la Nouvelle-France. La métropole anglaise leur accorde donc: - le rétablissement du système seigneurial (régime de possession des terres). - le rétablissement des droits civils français. - la liberté religieuse pour les colons majoritairement français et catholiques. On accorde à nouveau le droit au clergé de percevoir la dîme. - un territoire agrandi en lui annexant les régions des Grands Lacs, de l'Ohio et du Labrador. - l'aboliton du Test. L'Acte de Québec permet ainsi de protéger les lois et les moeurs françaises et évite aux Britanniques de se confronter à une révolte des Canadiens alors que la révolution américaine se prépare. Lorsque les rebelles américains attaquent la province de Québec en 1775, le clergé et les seigneurs prennent parti pour l'Angleterre. Cependant l'acte de Québec ne pourra pas empêcher l'éclatement de la guerre d'indépendance des treize colonies britanniques s'opposant à leur métropole, la Grande-Bretagne, de 1775 à 1783 et permettant aux États-Unis d'accéder à la souveraineté. La France s'engage dans la guerre d'indépendance par la fourniture de matériel aux insurgés américains, puis, à partir de 1778, par une aide navale et terrestre qui contribuera à la victoire américaine qui se conclut par le traité de Versailles de 1783. Alors que la Déclaration d'indépendance des États-Unis est proclamée le 4 juillet 1776 par les treize colonies britanniques en Amérique du Nord, les États-Unis obtiennent leur indépendance du Royaume-Uni en 1783.
Acte constitutionnel de 1791Acte constitutionnel de 1791 - britannique et non pas
américain (The United States Bill of Rights entre en application
le 15 décembre 1791 et désigne les 10 premiers
amendements à la constitution américaine limitant les
pouvoirs du gouvernement fédéral et octroyant des droits
tels que la liberté de la presse, de parole, de religion) -
établit le premier gouvernement
représentatif au Canada.
Après la défaite britannique lors de la guerre d'indépendance des États-Unis, l'expulsion de 50.000 loyalistes anglophones arrivant dans la Province du Québec change le rapport de force avec la population canadienne française et conduit à la fondation du Canada anglais (le Haut-Canada) lors de l'acte constitutionnel de 1791 (cf. les cartes de 1784 et de 1791 ci-dessous). Les loyalistes anglophones font pression pour que les autorités britanniques les favorisent et diminuent les avantages concédés aux francophones par l'Acte de Québec. En divisant le Québec en deux provinces, le Haut-Canada et le Bas-Canada, l'Acte tente à la fois de préserver le caractère français du Bas-Canada et de permettre la prédominance des institutions britanniques dans le Haut-Canada peuplé de Loyalistes, réfugiés dans la province après l’indépendance des colonies américaines et farouchement opposés aux Canadiens français et catholiques. A la base de ce régime figurent dans chaque province une assemblée législative élue par le peuple, puis les conseils législatifs et exécutifs dont les membres sont élus à vie par le roi et « adaptent » les décrets pris par l’assemblée. Un Lieutenant-gouverneur prend ensuite les décisions, supervisé par le gouverneur général des deux provinces qui représente la couronne et use du droit de veto. Les deux provinces sont soumises au droit criminel anglais. Le Bas-Canada continue cependant d'appliquer le droit civil français alors que le Haut-Canada applique la common law britannique. Grâce à la volonté de faire des compromis dans les deux provinces, un premier régime parlementaire encore très éloigné d’une démocratie complète est donc institué au Canada. Les inégalités de représentation vont cependant vite créer des conflits entre colons anglais et français. Les premiers se sentent insultés de n’avoir qu’une minorité de députés dans l’assemblée législative du Bas-Canada, et les deuxièmes ont vite compris combien leurs députés étaient limités par les conseils où siégeaient une grande majorité d’Anglais nommés par Londres. S’ensuivent donc de nombreux conflits avec pour apogée la rébellion de 1837.
L'Acte d'Union de 1840L'analyse des causes des rébellions de 1837, faite par Durham, a mené à l'Acte d'union. Après
la rébellion de
1837-1838 et à la suite du rapport Durham spécialement
envoyé au Canada pour analyser les causes de la
rébellion, l'Acte
d'union réunit le Bas et
le Haut-Canada sous un même
gouvernement. Durham avait pensé au départ que les
conflits entre anglophones et francophones étaient d'ordre
politique entre libéraux et conservateurs, mais il conclut finalement que les troubles
du Bas-Canada étaient principalement dus à la
présence de deux groupes ethniques complètement
différents vivant dans la même région. Pour limiter
le pouvoir
des Canadiens français il recommande de réunifier les
deux Canadas. Bien que la
population du Canada de l'Est (actuel Québec) soit la
plus importante,
le Canada de l'Ouest (actuel 'Ontario) se voit accorder une
représentation
égale à la nouvelle assemblée législative.
Les dettes sont consolidées favorisant clairement le Canada de l'Ouest.
Le français est banni par la
législation comme
langue d'usage officiel du gouvernement, et les institutions
canadiennes
françaises liées à l'éducation et au droit
civil sont suspendues. Bon
nombre
des luttes politiques des vingt années suivantes portent sur les
dispositions
de l'Acte d'union qui devient la principale
source de
l'instabilité
politique qui régnera dans le Canada-Uni jusqu'en 1867.
L'Acte de l'Amérique du Nord britannique (La Loi constitutionnelle de 1867: la création du Canada)Le nombre de la population canadienne française augmente de plus en plus et les Anglais ne
parviennent pas à les assimiler. Les décisions
politiques ne peuvent pas être appliquées car l'opposition est toujours
très forte et les gouvernements
successifs, tous minoritaires, ne satisfont ni les francophones ni les
anglophones. Sur le plan économique, le Canada prend de plus en
plus de retard par rapport aux États-Unis parce que la politique
colonialiste des autorités britanniques favorise la production
de biens manufacturés dans la métropole.
La solution adoptée est de diviser le Canada en deux provinces où les anglophones et les francophones sont majoritaires dans leur province respective (Québec / Ontario) et de joindre ces deux provinces à deux autres colonies britanniques, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. En 1867, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique (maintenant la loi constitutionnelle, 1867) crée le nouveau dominion du Canada assurant ainsi un environnement économique et social favorable au développement du pays. L'essor économique est favorisé aussi par la création d'une ligne de chemin de fer reliant les provinces d'est en ouest. La loi constitutionnelle crée un État fédéral dont les pouvoirs sont distribués à deux ordres de gouvernement. Les autorités fédérales ont le pouvoir d'établir des lois assurant en tout temps la paix, l'ordre et un bon gouvernement à tous les Canadiens, qu'il s'agisse de commerce ou de divorce. Les provinces reçoivent des compétences dans des secteurs particuliers comme l'éducation et tous les secteurs qui ne relèvent pas du fédéral. L'Acte de l'Amérique du Nord est demeuré le principal document constitutionnel jusqu'à qu'il soit modifié et renommé en 1982. La loi constitutionnelle de 1867 comporte effectivement une lacune importante dans la mesure ou ce document ne prévoit aucun mécanisme d'amendement constitutionnel. Selon le Colonial Validity Act de 1865, le Canada est toujours une colonie britannique, et de ce fait il est impossible pour le gouvernement canadien de passer des lois s'opposant à la loi britannique. Avant d'amender la constitution les Canadiens doivent donc toujours demander au parlement de Londres d'entériner leur proposition de changement.
Statut de Westminster, 1931: la déclaration d'indépendance du CanadaDurant
60 ans après la
Confédération de 1867, le Canada a le statut de
« colonie de la
Grande-Bretagne » parce que la loi constitutionnelle de 1867 est
une loi britannique. Le Parlement d'Ottawa peut adopter des
lois, mais le
Parlement britannique a le dernier mot sur la législation
canadienne. Ce
pouvoir est rarement utilisé, mais le Canada n'en demeure pas
moins une
colonie.
À la demande du Parlement canadien, le Statut de Westminster, en abgrogeant le Colonial Validity Act de 1865, met fin au statut colonial du Canada. Il confère aux Canadiens le pouvoir absolu d'établir leurs propres lois et le Canada devient par conséquent un pays indépendant autant au plan de la politique intérieure qu'étrangère. A titre d'exemple nous rappelons que la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l'Allemagne en 1914 entraînait de fait le Canada dans le conflit alors qu'en 1939 le Canada devait officiellement déclarer la guerre à l'Allemagne. Cependant l'idée que le gouvernement fédéral devienne la première autorité en matière constitutionnelle et puisse amender la constitution effraie certains gouvernements provinciaux craignant que le gouvernement central s'arroge de nouveaux pouvoirs. Les Québécois craignent notamment que les provinces, majoritairement anglophones, ne s'allient pour supprimer les acquis linguistiques des franocphones, garantis par l'article 133 de la loi constitutionnelle de 1867 sur l'usage facultatif et obligatoire des langues française et anglaise. Devant l'impossibilité de s'entendre sur un mécanisme d'amendement constitutionnel, les gouvernements provinciaux et le fédéral préfèreront laisser à Londres l'Acte constitutionnel aussi longtemps qu'ils n'auront pas trouvé d'accord commun leur permettant de rapatrier ce document. Dans les faits le Québec jouit alors d'une sorte de veto conventionnel pouvant s'opposer à ce que le gouvernement central demande au gouvernement britannique d'entériner une loi sans qu'il y ait eu auparavant une entente préalable avec les Provinces.
Indépendance de la Cour suprême du Canada, 1949La cour du Canada ne devient
vraiment suprême qu'en 1949. Elle existe depuis 1875, mais un organe
britannique,
le Comité Judiciaire du Conseil Privé (CJCP) à
Londres, en Angleterre, demeure
la plus haute cour d’appel pour toutes les causes judiciaires du Canada.
Les procédures d’appel soumises au CJCP sont finalement abolies en 1933 sous le gouvernement de R.B. Bennett. La démarche visant à abolir l’intervention de Londres dans les appels de droit civil donne ses premiers résultats à la fin des années 30, à la suite de l’annulation par le CJCP de lois promulguées dans le cadre de la nouvelle politique des conservateurs. Bennett est alors à la fin de sa carrière de Premier Ministre. La Deuxième guerre mondiale retardera le processus, mais en 1947 le CJCP accepte de se retirer de la vie canadienne en statuant que le Parlement d’Ottawa a le droit d’abolir les appels au civil. Une loi modifiant en 1949 la Loi sur la Cour suprême accorde à cette cour le statut de plus haut tribunal du pays pour tous les litiges en matière de droit civil ou criminel, fédéral ou provincial.
Loi constitutionnelle de 1982 sur le CanadaLe statut de Westminster laisse les Canadiens sans le
droit de modifier la constitution parce qu'ils n'ont pas pu s'entendre
sur une formule d'amendement qui leur permettrait de rapatrier de
Londres l'Acte de l'Amérique du Nord
britannique. Les Canadiens doivent donc encore se tourner vers
les Britanniques pour modifier leur constitution.
Jusqu’en 1980, de nombreuses tentatives pour établir une formule d’amendement de la constitution échouent. Le Premier Ministre Trudeau est tellement déterminé à « rapatrier » la constitution, qu’il est prêt à demander aux Britanniques de le faire sans l’accord des provinces. Finalement, M. Trudeau et les provinces, à l’exception cruciale du Québec, s’entendront sur un ensemble de réformes. Elles comprennent une charte des droits et liberté pour tous les Canadiens et un plan ouvrant la voie à la modification de la constitution moyennant l’approbation de sept provinces constituant 50% de la population totale. En adoptant la loi de 1982 sur le Canada, le Parlement britannique renonce à son pouvoir ultime de légiférer pour son ancienne colonie. Le Canada devient souverain et indépendant, sur le papier et dans les faits. Mais cette loi que le gouvernement du Parti québécois appellera d'une manière dérisoire "Bill Canada" ne sera jamais entérinée par les différents gouvernements qui se succèderont au Québec. Les Québécois reprochent à cette loi de leur enlever le droit de veto et de nuire à l'idée de la dualité canadienne et au biculturalisme par l'introduction du multiculturalisme défini dans l'article 27 de la dite loi, et la proclamation du multiliculturalisme semblerait porter atteinte à l'identité linguistique québécoise en affaiblissant la loi 101 (cf. Tessier, Yves, 1994: Histoire du Québec : d'hier à l'an 2000 ; les fondements historiques du Québec contemporain. Montréal : Guérin, Les faiblesses du "Bill Canada", p. 32-33). Cependant la loi constitutionnelle ne change rien à la forme du gouvernement canadien qui reste une fédération composée d'un gouvernement fédéral et de gouvernements provinciaux, le Québec n'étant qu'un des dix gouvernements provinciaux. Le Canada reste aussi une monarchie constitutionnelle, tel que l'établissait l'Acte de l'Amérique du Nord britannique en 1867.
L'Accord du lac
Meech, 1987: entente et discorde
Le
gouvernement du Québec
n’adhère pas à la constitution de 1982. La constitution
s’applique aux
Québécois mais leur gouvernement ne la ratifie pas.
Cependant l'arrivée de nouveaux chefs politiques tant à Ottawa qu'à
Québec à la fin des années 1980 modifie le contexte politique et
favorise la reprise des negotiations constitutionnelles. Le nouveau
gouvernement de Brian Mulroney à Ottawa met tout
en oeuvre pour se réconcilier avec le Québec et les autres provinces
afin d'entériner le rapatriement de la constitution. Mulroney est
conscient qu'il faudra donner des gages aux Québécois pour convaincre
l'Assemblée nationale du Québec de donner son assentiment à la nouvelle
Constitution canadienne. En mai 1985, le Parti québécois fait connaître
une vingtaine de revendications pour réintégrer les rangs
constitutionnels
(cf. Tessier,
Yves, 1994: Histoire du
Québec : d'hier à l'an 2000 ; les fondements historiques
du Québec contemporain.
Montréal : Guérin, Le nouveau contexte, p. 34-35), mais le gouvernement
fédéral tergiverse et prend son temps afin d'attendre les résultats des
prochaines élections au Québec. En effet, le 2 décembre 1985, le Parti
libéral triomphe du Parti québécois, et en mai 1986, le nouveau
ministre du gouvernement Bourassa, Gil Rémillard, énumère à nouveau
cinq conditions qui pourraient ramener le Québec à entériner la Loi
constitutionnelle de 1982.
Cependant,
pour
entrer en vigueur, l’Accord du
lac Meech a besoin de
l’appui du Parlement fédéral et des autorités
provinciales dans les trois
années suivant le 3 juin 1987, date de sa signature. Ce long
délai permet à
l’opposition de se manifester. Elijah Harper retarde l’approbation du
Manitoba
et Clyde Wells, Premier Ministre de Terre-Neuve, retire l’aval de sa province. C’est le chant du cygne de
Meech. L’échec de l’Accord du lac Meech est un dur coup
porté à la cause du
fédéralisme au Québec car son approbation avait
demandé des négociations
longues et pénibles.
L'entente constituionnelle de Charlottetown
De
nouvelles négociations commencent avant même la faillite
de l’Accord du lac
Meech. En février 1990 le Premier Ministre
québécois Bourassa annonce la
création d’une commission mixte chargée des relations
entre le Québec et le
Canada. La même année, le gouvernement
fédéral met en place le
« Forum des Citoyens », ainsi qu’un comité
mixte du Sénat et de la
chambre des communes chargé de concevoir une nouvelle formule de
modification.
Pour coordonner les négociations et les différentes
recommandations, Mulroney
nomme Joe Clark « ministre responsable des affaires
constitutionnelles » en avril 1991.
Clark fixe le 31 mai 1992 comme date limite pour qu’Ottawa et les provinces présentent une offre constitutionnelle au Québec. La version définitive de cette charte sociale connue sous le nom d’Accord de Charlottetown paraît le 28 août 1992. Elle comprend notamment : - l’élimination des obstacles au commerce entre les provinces, - une « Clause Canada » en faveur de l’autonomie gouvernementale des autochtones et la reconnaissance du Québec comme société distincte, - un droit de veto pour toutes les provinces pour tout changement touchant les institutions nationales - un nouveau sénat composé de 6 sénateurs par province et un par territoire, ainsi que l’ajout de sièges à la chambre des communes dont 18 pour le Québec et l’Ontario. Lors
du référendum national du 26 octobre 1992, l’accord
est rejeté par 6 provinces et par le Yukon.
Les
échecs des Accords du
lac Meech et de Charlottetown entraînent un deuxième
referendum sur la
séparation du Québec à l’automne 1995. Les
séparatistes sont battus de peu mais
leur défaite provoque de lourds changements. Le Parlement adopte
tout de même
la mesure législative qui fait du Québec une
société distincte en promettant
qu’il allait dans l’avenir opérer les changements
constitutionnels nécessaires.
Depuis les tentatives de Meech et de Charlottetown de ramener le Québec dans la Confédération, ni les conservateurs, ni les libéraux pro-fédéralistes ne s'avancent pour rouvrir le dossier. Si le rapatriement de la constitution de 1982 est perçu par le Canada anglais comme un pas de plus vers l'autonomie vis-à-vis de Londres, nombre de Québécois de tous bords politiques voient dans cet acte entrepris contre l'avis explicite de la province une autre preuve de l'impossibilité de faire valoir leur spécificité par le biais d'un fédéralisme rénové. Dans la mémoire collective québécoise, 1982 évoque une promesse non tenue par Ottawa, accompagnée d'une trahison par les autres provinces.
L’entente de Calgary de 1997En
1997, les neuf
Premiers Ministres provinciaux du Canada anglais, sans
le Québec, se sont réunis
à Calgary, afin de proposer « un cadre de discussion
sur l’unité
canadienne » ce qui deviendra l’entente
de Calgary. Les Premiers Ministres font de pieux voeux comme la
tolérance,
la compassion, l’égalité des chances qu’offre le Canada,
mais ils affirment
surtout que « toutes les provinces » doivent
être
« égales ». Ils le précisent dans
l’article 6 de l’accord en
soulignant qu’une modification constitutionnelle qui donnerait des
pouvoirs à
une province devrait les étendre à toutes les autres
provinces canadiennes. La
spécificité du Québec est cependant abordée
sous un angle paternaliste, les
autorités canadiennes ayant pour charge de
« protéger le caractère unique de
la société québécoise au sein
du Canada.»
Les questions de la réforme du Sénat, celle des autochtones, celle des chevauchements de juridiction ne sont donc à ce stade toujours pas réglées. Il semble clair que le Canada anglais n’acceptera jamais que le Québec dispose de droits collectifs que les autres provinces n’auront pas obtenus, et au surplus, que ces droits aient préséance sur les droits individuels affirmés dans la Charte des droits et libertés. Ainsi
tout espoir de modification constitutionnelle avec l’accord du
Québec est
désormais vain, car toute modification constitutionnelle venant
du Québec est
dans les faits impossible, bien qu’elle le demeure
théoriquement. La preuve de
cet état de fait est d’ailleurs le devenir de cette entente de
Calgary,
oubliée un an plus tard aussi bien par le Québec que le
Canada anglais.
Sources: Historica, Encyclopédie canadienne, http://www.collectionscanada.ca/, Jacques Lerclerc (cf. aussi Tessier, Yves, 1994: Histoire du Québec : d'hier à l'an 2000 ; les fondements historiques du Québec contemporain. Montréal : Guérin ainsi que notre bibliographie sur le Québec) |



