A la découverte du Québec (ppt)

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L'été des Indiens




Parfois, entre le début du mois d’octobre et le milieu du mois de novembre un phénomène météorologique survient. Cela s’appelle l’été des Indiens. C’est un court retour du beau temps à l’automne, après les premières gelées. Cependant, même si une journée est un peu plus chaude que les autres, ça ne veut pas dire que l’été des Indiens est arrivé. Il y a des signes qui permettent de savoir si c’est bel et bien le cas :


Les critères:
Une période de chaleur suivant une période de gel;
le temps est généralement ensoleillé;
il n'y a pas ou il y a très peu de précipitations;
les températures diurnes sont plus élevées que la normale;
tout ça dure au moins trois jours. Mais pourquoi cette appellation "Été des Indiens" ?

D'abord quelques faits établis:
L'été des Indiens désigne une période de beau temps qui nous arrive à l'automne après de premières gelées. Ce phénomène est aléatoire et est propre à l'hémisphère Nord.
C'est au 18e siècle qu'on parle de "l'Indian Summer", d'abord en Pennsylvanie, puis à New York et en Nouvelle-Angleterre. Au Canada, cette expression fera son apparition en 1821 et par la suite en Angleterre vers 1830. Les Québécois ont traduit ce terme littéralement par "Été des Indiens".
Plusieurs hypothèses furent émises quant à l'appellation "des Indiens". J'aime bien cette dernière:
Les Amérindiens espéraient, à chaque année, ce temps doux qui pouvait arriver à l'équinoxe d'automne jusqu'à la mi-novembre environ. Comme ils vivaient, pour la plupart, au jour le jour, ils attendaient toujours à la dernière minute pour aller à la chasse. Comme les températures étaient clémentes, le temps était donc propice au processus de conservation des aliments et du gibier accumulé. Ils profitaient aussi de ces derniers beaux jours pour terminer leurs récoltes, garnir leur wigwam de provisions. On se préparait pour la saison froide.
Les Amérindiens nomades (Montagnais, Abénakis, Algonquins, Malécites...) levaient les camps d'été établis au printemps au bord des rivières ou des lacs, remplissaient leurs canots et remontaient les rivières vers leurs territoires de chasse dans les profondeurs des forêts. Ils y passaient l'hiver faisant la chasse aux grands gibiers.
Pour en connaître davantage sur ce sujet, aller à cette adresse:
http://www.meteo.org/bizarre/ete_ind.htm
(© Avec l'aimable autorisation de Bibiane Grenier)

Sujets d'étude:
  1. Quand l'été indien peut-il avoir lieu?
  2. Quelles sont ses caractéristiques principales?
  3. Est-ce un phénomène plutôt éphémère ou de longue durée?
  4. A quelle fréquence et où se produit-il?
  5. Comment cette période était-elle utilisée par les Amérindiens?
  6. Qu'est ce qu'un « wigwam »?


Expressions québécoises


Au Québec on déjeune le matin, on dîne à midi et on soupe le soir. Quand il pleut on dit il mouille et quand un Québécois s'énerve, il grimpe dans les rideaux. Plutôt que de conduire une voiture et d’appuyer sur l’accélérateur après avoir fait le plein d’essence il préfère chauffer un char et plancher après avoir pris du gaz. En hiver il met du antifrise (antigèle) dans son char. Pour acheter des cigarettes le Québécois se rend dans une tabagie et il magazine au lieu de faire du shopping. Pour se faire couper les cheveux il va chez le barbier et à sa blonde (petite amie) dont il est tombé en amour il donne un bec et lui demande tu m'aimes-tu? Est-ce que tu veux aller aux vues (au cinéma) ce soir ? Le soutien-gorge de sa blonde s’appelle brassière et les fesses sont les foufounes. C’est vraiment le pied, c’est le fun. Lorsqu’il l’emmène dans son condo (appartement) après un appointement (rendez-vous), ce n’est pas pour se chicaner (disputer). On promène le bébé dans un carrosse (landeau) et barre (fermer à clè) son condo. Le soir lorsque la noirceur tombe il sort avec une gagne de chums (bande de copains). Le panneau STOP est devenu ARRET pour résister à l'Anglais. Il adore la tarte aux bleuets (myrtilles) et se sucre le bec au lieu de casser la croûte et mange un sous-marin (sandwiche long) lorsqu’il a très faim. Lorsqu’il se met en colère il utilise des sacres comme câlice, calvaire, ciboire, hostie, tabernacle... pour exprimer son mécontentement. Au lieu d’avoir le cafard il a les bleus, mais il ne pleure pas, il braille. Pour chauffer la maison en hiver, il achète de l’huile à chauffage (du mazout), qui lui coûte un bras (les yeux de la tête).

Mais il serait injuste de dire que les Québécois bafouillent, garagouinent, mugissent, qu’ils utilisent des phrases bâtardes et invertébrées. Leur vocabulaire n’est pas rachitique, leurs verbes ne sont pas boiteux et leurs adjectifs ne sont pas aveugles ; leur prononciation n’est pas flasque et avachie et ne ressemble pas à un rot gigantesque ou un gluant marécage.

Le hockey a donné de nombreuses expressions dans le langage populaire :

« Au Québec, quand on démissionne d’un poste ou que l’on prend sa retraite, on accroche ses patins. D’un politicien habile qui réussit à échapper aux pièges des journalistes en ayant réponse à tout, on dit qu’il sait patiner. Quand, dans une situation compliquée on avance avec difficulté, c’est que la glace est molle. Ne pas prendre de décision, c’est s’assoir sur la rondelle. Et ainsi de suite. » (Dupays 1988 :39)
  • Drescher, Martina (2000) : « Eh babarnouche ! C’était bon. Pour une approche communicative des jurons en français québécois. Cahiers de prasématique 34 : 133-160.
  • Laforest, Martiy (1997) : Etats d’âme, états de langue : Essai sur le français parlé au Québec. Québec : Nuit Blanche.
  • Meney, Lionel (1999) : Dictionnaire québécois français : pour [mieux] se comprendre entre francophones. Montréal : Guérin.




Québécois Français
Le motton  Avoir beaucoup d’argent
A c't'heure Maintenant
Avoir de la misère
Avoir de la difficulté
Avoir du fun S'amuser
Avoir le feu au cul Être en colère
Avoir un kick sur Avoir des vues sur quelqu'un  
Accrocher ses patins Cesser d'exercer une activité
Barrer les portes Fermer les portes
Boucaner sans arrêt  Fumer sans interruption
Ça clique  Cela fonctionne bien
Ça a pas d'allure ! C'est absurde
C'est correc' C'est bien 
C'est écœurant ! C'est génial ! 
C'est pas pire C'est pas mal 
C'est kétaine C'est ringard 
C'est un puffeux  Un orgueilleux
Ça a pas d'bon sens ! C'est insensé ! 
Câler l’orignal à côté de la bolle Vomir à côté de la cuvette
C'est niaiseux C'est stupide 
Ça coûte un bras C'est hors de prix
C'est le fun C'est plaisant
C’est pas lisable Texte illisible
Crisser son camp Déguerpir
Crisser une volée Donner une volée
Descendre tous les saints du ciel  Blasphémer
Être en amour Être amoureux de
Être diguidou  Être parfait, impeccable
Être gratteux Être avare
Être à la hache Être bûcheron
Être un Québécois pur laine Québécois de souche
Être picoté Être marqué de taches de rousseurs
Être sur son trente-six Être sur son trente et un
Être tanné En avoir marre
Faire du pouce Faire du stop
Faire la baboune  Bouder 
Faire la palette Gagner beaucoup d’argent 
Faire l'épicerie Faire les achats à manger
Faire le renard Faire l’école buissonnière
Faire des yeux de porc frais Faire les gros yeux
Faire le zarza Faire le niais, l’imbécile
Lâche comme un âne  Paresseux à l’extrême 
Le diable est aux vaches Le désordre règne
Lâcher un waque  Lancer un cri
Long comme d’ici à demain  Très long, ennuyeux
L’affaire est ketchup  La situation est au mieux
Manger sa ronde Recevoir une correction
Ne pas être la fin du monde    Ne pas être extraordinaire
Ne pas se piler sur le gros nerf   Ne pas s’énerver
O.K. c'est beau O.K. c'est bon
Passer en poudrerie  Passer en trombe
Patcher un pneu Réparer une crevaison
Pigrasser Faire de petites choses qui n’avancent à rien
Prendre une chance Prendre un risque
Prendre une fouille Glisser et tomber
Prendre une touche Prendre une bouffée de cigarette
Sacrer son camp Partir
S’exciter le poil des jambes S’énerver, s’impatienter
Se faire bardassé Être bousculé, secoué
Se faire décocrisser Recevoir une forte correction
Se faire emplir Être trompé
Se désâmer Se donner corps et âme
Shiner ses souliers Cirer ses chaussures
Smart comme un écureuil de la patte Rusé, intelligent
Tire-toi une buche
Approche-toi une chaise
Tomber en compote Courrir à la catastrophe
Tordre un bras Insister
Un bargain Une aubaine
Une licheuse de vitrine Une femme qui fait du lèche vitrine
Une réguine Une vieille voiture
Une vraie pouille Une personne qui cherche querelle
Va te secouer les plumes Va prendre l’air
Va raconter ça aux pompiers, ils vont t’arroser Réaction à l’écoute d’une histoire incroyable
Y aller aux toasts Ne pas se laisser arrêter par des obstacles
Y a rien là Ce n'est pas grave
Y avoir du monde à la messe  Y avoir foule
Y fait fret Il fait froid
Y se mouche pas avec des pelures d’oignons Personne qui donne l’impression de rouler sur l’or



Parlure québécoise

Une fin de semaine au Saguenay


Depuis que je suis tombé en amour, tous les vendredis soirs, je saute dans mon char, pis je monte au Saguenay pour trouver ma blonde, pis foirer avec la gang de chums. Là-bas, les Bleuets y sont pas achalés, ils lâchent leur fou facilement. Je m'arrête dans une binerie sur le bord de la route pour me sucrer le bec avec la tarte aux bleuets qui est écoeuremment bonne. Juste avant de repartir, je prends du gaz parce que ce serait ben plate de rester pogné sur le chemin à me faire manger par les maringouins. Je planche pour arriver au plus vite et être là avant la noirceur. Tiens ben ta tuque et tes bobettes que je me dis, ça va y aller par là ! La radio joue au boutte, je suis aux petits oiseaux. Dernier tournant, je vois la maison de ma blonde. La patate fait boum boum en la voyant qui descend de la galerie pour me donner un petit bec dans le cou et me demander dans le creux de l'oreille : " tu m'aimes-tu ? ". Je lui réponds :" faix pas simple, tu sais ben que je t'haïs pas, pantoute ".


... en français de France, comme ils disent

Depuis que je suis amoureux, tous les vendredis soirs, je monte dans ma voiture et je vais au Saguenay pour trouver ma copine et faire la fête avec mon groupe de copains. Là-bas, les gens du Saguenay ne sont pas gênés, ils s'amusent facilement. Je m'arrête dans un restaurant sur le bord de la route pour me régaler avec de la tarte aux myrtilles qui est exceptionnellement bonne. Juste avant de repartir, je prends de l'essence parce que ce serait très ennuyeux de rester bloqué sur le chemin me faire manger par les moustiques. Je mets le pied au plancher pour arriver au plus vite et être là avant la nuit. Accroche bien ton bonnet et ton caleçon que je me dis, ça va aller vite par là ! La radio joue, le son poussé au maximum, je suis heureux. Dernier virage, je vois la maison de ma copine. Le cœur fait boum boum en la voyant descendre du balcon pour m'embrasser dans le cou et me demander dans le creux de l'oreille : "M'aimes-tu ?". Je lui réponds : "sois pas bête, tu sais bien que je ne te déteste pas du tout"


Cf. aussi "Parlure québécoise" sur notre site.

 



Erable

L'érable est un arbre très répandu au Québec. Les Français venus vivre en Nouvelle-France au 17e siècle découvrent que cet arbre produit une sève comestible. Chaque printemps, les peuples du Canada fendent, entaillent, l'écorce de l'érable d'où coule une eau sucrée. Les Français apprennent à boire cette eau et, plus tard, grâce aux ustensiles de métal dont ils disposent, ils la feront chauffer jusqu'à la transformer en sirop, puis en sucre. Le sucre d'érable servira, avec le sucre de canne importé des Antilles françaises, de sucre de table. C'est seulement depuis la fin du siècle dernier que la pasteurisation permet de conserver le sirop et d'en faire le commerce à longueur d'année.
http://www.civilization.ca/vmnf/boucher.fra/lexique.html

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L'érable est l'arbre symbole du Québec. Ce sont les Amérindiens qui ont découvert cette eau sucrée qui coule du tronc de l’arbre et qui sert, encore aujourd’hui, à la fabrication du sirop d’érable.

Pour les Amérindiens, la récolte de l’eau d’érable était très importante. C’était leur nourriture préférée et l’on utilisait l’eau d’érable comme boisson rafraîchissante aux propriétés médicinales. De plus, l’eau d’érable servait comme assaisonnement aux plats les plus divers et le sucre d’érable était employé dans les repas de fête ou de cérémonie.

Sa cueillette et la transformation de l’eau d’érable en sirop furent toujours une période de travail, c’était toutefois une fête et les Amérindiens considéraient l’époque du sirop d’érable comme époque de rassemblements rituels et sociaux. Toute la tribu ou plusieurs tribus se réunissaient pour échanger les dernières nouvelles.

La cabane à sucre, le festin traditionnel québécois est, en fait, la réplique et la continuation des fêtes des Amérindiens après la récolte de l’eau d’érable. La cueillette commence en mars et cette période s’appelle « le temps des sucres ». Elle est accompagnée de nombreuses fêtes. Encore aujourd’hui, beaucoup de Québécois respectent la tradition et ils vont dans une « cabane à sucre », au moins une fois au cours du printemps.

Sujets d'étude:
  1. Que représente l'érable pour le Québec?
  2. Quelle est la particularité de l'eau coulant le long des érables? Comment est-elle utilisée?
  3. Quels sont pour les Amérindiens les deux aspects du « temps des sucres »?
  4. Qu'est-ce qu'une « cabane à sucre »? Jusqu'à quelle date a perduré la tradition de s'y rendre une fois par an?


Sirop d'érable (Cours à exploiter)

La fabrication du sirop (vidéo) 9'55






Puis, vint le tour de la tire. Notre homme, prenant un lit de neige, en couvrit la surface d’une couche de ce sirop devenu presque solide, et qui en se refroidissant forme la délicieuse sucrerie que les Canadiens ont baptisée du nom de tire; sucrerie d’un goût beaucoup plus fin et plus délicat que celle qui se fabrique avec le sirop de canne ordinaire. Antoine Gérin-Lajoie, Jean Rivard, le défricheur (1862: 65)

(...) Les enfants poussèrent des cris de joie et suivirent des yeux les préparatifs avec un intérêt passionné. Du sirop de sucre et de la cassonade furent mélangés et mis à cuire ; quand la cuisson fut suffisamment avancée, Télesphore rapporta du dehors un grand plat d’étain rempli de belle neige blanche. Tout le monde se rassembla autour de la table, pendant que la mère Chapdelaine laissait tomber le sirop en ébullition goutte à goutte sur la neige, où il se figeait à mesure en éclaboussures sucrées, délicieusement froides.
Chacun fut servi à son tour, les grandes personnes imitant plaisamment l’avidité gourmande des petits ; mais la distribution fut arrêtée bientôt, sagement, afin de réserver un bon accueil à la vraie tire, dont la confection ne faisait que commencer. (...)
Hémon, Louis: Maria Chapdelaine, p. 124.


Le Temps des sucres


Le temps des sucres commence habituellement autour du 1er mars.  Devenue commerciale et beaucoup plus industrialisée, la "cabane à sucre" n'a peut-être plus le charme et la poésie qu'elle avait lorsque j'étais enfant mais elle fait toujours partie de nos coutumes québécoises. Attendez que je vous raconte comment ça se passait avant...

Aussitôt que le temps était venu, on se mettait à faire les préparatifs nécessaires. Ces préparatifs duraient bien une bonne dizaine de jours et ils étaient l'affaire de toute la famille. On fabriquait des petites gouttières en cèdre appelées "goutterelles".  Elles furent remplacées beaucoup plus tard par des goutterelles de métal et beaucoup plus récemment par des boyaux.
Puis on chaussait les raquettes pour se rendre à la cabane pour y faire un bon ménage.  Toutes les chaudières, moules, cassots, bacquets et autres ustensiles étaient nettoyés, récurés, rincés à grande eau. On débarrassait la cabane de la poussière ou des fils d'araignée, on ouvrait toutes grandes les portes pour aérer. Puis, on préparait la provision de bois: il fallait choisir des arbres secs, pruches, hêtres, érables que l'on coupait et cordait près de la cabane.

Lorsque le sucrier décidait qu'il était temps d'entailler on chaussait à nouveau les raquettes et on s'élançait joyeusement vers l'érablière. Le matériel nécessaire chargé sur des traîneaux, on attaquait le premier érable, Il fallait d'abord choisir l'endroit favorable, du côté du sud ou du sud-ouest et à environ 40 centimètres au-dessus du sol, l'on pratiquait une petite entaille diagonalement dans l'écorce et l'aubier. On y fixait la goutterelle dans l'entaille en l'inclinant un peu et l'on accrochait le baquet ou le cassot sous l'extrémité inférieure de la goutterelle. On n'avait pas à attendre bien longtemps avant de ne voir s'écouler dans le récipient l'eau sucrée de l'érable.
 
Si Dame Nature était favorable, les seaux se remplissaient vite et on pouvait alors faire la tournée de l'érablière. Chaque seau était alors vidé dans un grand récipient placé sur un traîneau que tirait le cheval et, la sève, ainsi recueillie, était alors amenée à la cabane pour être bouillie et transformée en sirop.

On versait l'eau d'érable dans un grand bassin sous lequel était allumé un feu qu'il fallait entretenir.

À mesure que l'évaporation se produisait, l'eau atteignait une belle couleur brune, elle formait ce qu'on appelait du réduit. Ce réduit, après avoir été coulé à travers une épaisse flanelle, était mis dans de grands bidons. Lorsqu'on en avait une quantité suffisante, on le mettait de nouveau sur le feu,  pour faire du sirop .  C'était une opération délicate.  Le feu ne devait pas s'éteindre. On écumait le réduit au fur et à mesure, on l'agitait, on l'empêchait de gonfler. Il était prêt lorsque le liquide "filait".

Si l'on voulait faire du sucre, il fallait faire bouillir un peu plus longtemps. Le sirop épaississait, il se transformait alors en tire.  Quel bonheur de savourer cette tire si on l'étendait sur la neige. Elle devenait alors cassante et si on l' enroulait autour de la palette pour la lécher, c'était un pur délice.  

Si on continuait de faire bouillir le contenu de la chaudière encore 30 à 40 minutes, la tire devenait granuleuse. Il fallait alors la retirer du feu, la laisser refroidir légèrement, la brasser puis la verser dans des moules en bois qu'on humectait avec de l'eau d'érable. On n'avait plus qu'à laisser prendre puis à démouler.

La cabane  à sucre était toujours le rendez-vous de la parenté et des nombreux amis. On venait y manger de la trempette, du sucre chaud, de la tire sur la neige, des oeufs cuits dans le sirop...
On y veillait souvent très tard parce qu'on se racontait de bonnes histoires, on y chantait des chansons à répondre.

Aujourd'hui les goutterelles et les seaux ont été remplacés par tout un système de tubulures qui amènent l'eau d'érable directement à la cabane. Les bouilloires sont en acier inoxydable. Les fournaises sont plus modernes et plus sécuritaires.   Les cabanes à sucre sont devenues d'immenses restaurants où l'on nous sert une variété de mets typiquement québécois.  Mais on a tous un oncle, un cousin, un ami de nos parents qui possède encore une "vraie cabane", comme dans le temps et lorsqu'arrive le temps des sucres, on monte à la cabane pour se sucrer le bec et raviver nos souvenirs d'enfance.

(© Avec l'aimable autorisation de Bibiane Grenier)


L'ERABLE


Parti du nord, l'hiver, en frissonnant,
Déroule aux champs son froid manteau de neige!
L'arbuste meurt, et le hêtre se fend.
Seul au désert, comme un roi sur son siège,
Un arbre encore ose lever son front.
Par les frimas couronné d'un glaçon;
Cristal immense, où brillent scintillantes
D'or et de feux mille aigretes flottantes,
Flambeau de glace, étincelant la nuit,
Pour diriger le chasseur qui le suit:
Du Canada c'est l'érable chéri,
L'arbre sacré, l'arbre de la patrie.

Mais quand zéphyr amollit les sillons,
Que le printemps reparaît dans la plaine,
Le charme cesse; ils tombent ces glaçons,
Comme des bals la parure mondaine
Dont la beauté s'orne tous les hivers.
L'arbre grisâtre échauffé par les airs,
Verse des pleurs de sa souche entr'ouverte,
Comme un rocher suinte une écume verte;
Mais douces pleurs, nectar délicieux,
C'est un breuvage, un mets digne des dieux;
Du Canada, c'est l'érable chérie,
L'arbre sacré, l'arbre de la patrie.

L'été s'avance avec ses verts tapis;
Et libre enfin du bourgeon qui la couvre,
En festins verts sur chaque rameau gris,
Comme un trident une feuille s'entr'ouvre;
L'arbre s'ombrage, épaisit ses rameaux,
Fait pour l'amour des voûtes, des berceaux.
Sur le chasseur, l'émigré qui voyage,
Le paysan, il étend son feuillage,
Dôme serré qui brave tour à tour
Les vents d'orage et les rayons du jour.
Du Canada, c'est l'érable chérie,
L'arbre sacré, l'arbre de la patrie.

L'automne enfin sur l'aile d'Aquilon,
Comme un nuage emporte la feuillée,
Et verse à flots sur l'humide vallon,
Brume, torrent, froid, brouillard et gelée.
L'érable aussi dépouille son orgueil,
Et des forêts sait partager le deuil;
Mais en mourant, sa feuille, belle encore,
Des feux d'Iris et du fard de l'aurore,
Tombe et frémit en quittant son rameau,
Comme le vent siffle aux mâts d'un vaisseau;
Du Canada, c'est l'érable chéri,
L'arbre sacré, l'arbre de la patrie.

Pierre Petitclair (1813-1860)

Sujets d'étude:
  1. A quelle période de l'année correspond chacune des quatre strophes du poème?
  2. Quels sont les deux vers qui rythment le poème à la manière d'un refrain?
  3. Quels sont les pleurs versés par l'érable?
  4. A quoi renvoie l'expression « en festins verts sur chaque rameau gris »?
  5. Qu'est-ce qui fait dire à l'auteur que les arbres sont « en deuil » quand vient l'automne?

Erable, sucrerie


Extraits de Jean Rivard, le défricheur, récit de la vie réelle d'Antoine Gérin-Lajoie, paru pour la première fois dans les "Soirées Canadiennes",
en 1862.(cf. le roman en PDF.)

(Extrait, p. 62)

« Enfin, vers le milieu de mars, le froid commença à diminuer d'une manière sensible, les rayons du soleil devinrent plus chauds, la neige baissait à vue d'oeil et Jean Rivard put songer à mettre à exécution le projet formé par lui dès l'automne précédent et qui lui souriait depuis plusieurs mois, celui de faire du sucre d'érable. »

(Extrait, p. 64)

« A l'une des extrémités de la propriété de Jean Rivard se trouvait, dans un rayon peu étendu, un bosquet d'environ deux cents érables; il avait dès le commencement résolu d'y établir une sucrerie.

Au lieu d'immoler sous les coups de la hache ces superbes vétérans de la forêt, il valait mieux, disait Pierre, les faire prisonniers et en tirer la plus forte rançon possible.

Nos défricheurs improvisèrent donc au milieu du bosquet une petite cabane temporaire, et après quelques jours employés à compléter leur assortiment de goudrelles, ou goudilles, d'auges, casseaux et autres vases nécessaires, dont la plus grande partie avait été préparée durant les longues veillées de l'hiver, tous deux, un bon matin, par un temps clair et un soleil brillant, s'attaquèrent à leurs deux cents érables.
 
Jean Rivard, armé de sa hache, pratiquait une légère entaille dans l'écorce et l'aubier de l'arbre, à trois ou quatre pieds du sol, et Pierre, armé de sa gouge, fichait de suite au-dessous de l'entaille la petite goudrelle de bois, de manière à ce qu'elle pût recevoir l'eau sucrée suintant de l'arbre et la laisser tomber goutte à goutte dans l'auge placée directement au-dessous.
 
Dès les premiers jours, la température étant favorable à l'écoulement de la sève, nos défricheurs purent en recueillir assez pour faire une bonne brassée de sucre. Ce fut un jour de réjouissance. La chaudière lavée fut suspendue à une crémaillère, sur un grand feu alimenté par des éclats de cèdre, puis remplie aux trois quarts d'érable destinée à être transformée en sucre. Il ne s'agissait que d'entretenir le feu jusqu'à parfaite ébullition du liquide, d'ajouter de temps en temps à la sève déjà bouillonnante quelques gallons de sève nouvelle, de veiller enfin, avec une attention continue, aux progrès de l'opération : tâche facile et douce pour nos rudes travailleurs. »


(Extrait, p. 67)

« Ce résultat fit grandement plaisir à Jean Rivard. Outre qu'il était assez friand de sucre d'érable, - défaut partagé d'ailleurs par un grand nombre de jolies bouches, - il éprouvait une satisfaction d'un tout autre genre : il se trouvait, à compter de ce jour, au nombre des producteurs nationaux ; il venait d'ajouter à la richesse de son pays, en tirant du sein des arbres un objet d'utilité publique qui sans son travail y serait resté enfoui. »

Sujets d'étude:
  1. Avec quelle période de l'année correspond la chute du froid? Quelle en est la conséquence favorable à la mise en oeuvre du projet de Jean Rivard?
  2. Quelle est la figure de style employée dans le deuxième paragraphe de l'extrait de la page 64?
  3. Reformuler les différentes étapes de la fabrication du sirop d'érable.
  4. Quel est l' « objet d'utilité publique » mentionné à la dernière ligne de l'extrait de la page 64? En quoi en est-il un?

 
 
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