A la découverte du Québec (ppt)

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Joual (le) (Dossier word)

Je me souviens (2)

Janvier (3)

Jésuites (les) (4)



Manfred Overmann et Sonia Lavanan, 2007


Le joual est un " parler populaire" né de la rencontre entre le français rural et l'anglais industriel et commercial à la fin du vingtième siècle. Les populations arrivant des campagnes pour chercher un emploi devaient en effet trouver un moyen de communication pour s'intégrer. Véritable compromis entre deux langues, le joual se propage  très vite jusqu'aux années 60 pendant lesquelles de nombreuses réformes seront adoptées. Le joual reste  chez les intellectuels un moyen d'affirmation nationale jusqu'à la fin des années 70 puis perd sa dimension polémique.

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Le beau parler des citadins de la capitale et les parlers populaires des paroisses rurales ont toujours creusé un clivage linguistique en jetant le discrédit sur les groupes ruraux, notamment les paysans, éloignés de la dite capitale. Au début du 20ème siècle le surplus de la main d’œuvre rurale afflue vers les grandes villes afin de trouver un travail dans les industries dirigées en majeure partie par les dirigeants anglo-saxons.
C'est dans ce milieu que la rencontre entre le français rural et l'anglais industriel et commercial donne naissance à "un parler populaire" qu'on appellera le joual à base syntaxique et lexicale tout à fait française mais auquel s'adjoindront pour les besoins d'une communication entre patrons et ouvriers, un lexique, des expressions et des tournures anglaises. (Tétu de Labsade, Françoise: Le Québec: un pays, une culture, 1990, Montréal, Boréal, p.95). Effectivement le joual est souvent considéré comme un sociolecte abâtardi de la classe ouvrière québécoise dont résulte un cul-de-sac économique et social: un patois mineur qui avilit ses locuteurs face aux voisins anglophones et les marginalise dans le monde francophone.

Toutefois le joual se trouve réduit à un usage exclusivement oral dû à l’isolement de la couche rurale des Canadiens francophones transplantés dans le contexte de la ville, surtout de Montréal. Comment  nommer et s’approprier alors des objets inconnus et des comportements nouveaux et se familiariser avec l’univers de l’industrialisation ? Le joual peut  avant tout être considéré comme un parler oral anglicisé où le vocabulaire français est de plus en plus substitué par l’anglais. Il servit d’abord à la communication sur le lieu de travail.

Cet enlisement dans «un marécage du langage» technique de la bourgeoisie est un défi terrible pour les ruraux arrivant en ville. «Mais ici, ce fut pis encore: les choses de l’industrie et de la ville avaient été nommées dans une langue doublement étrangère. Tout ce qui n’était pas rural, la machine, les grands ensembles, les centres de décisions se révélaient en anglais. La modernité était anglaise. Le français rural s’y est perdu en vains efforts. Il a pu servir encore à exprimer le cercle des souvenirs, des amours, des loisirs, de la colère et de la résignation... Le joual, je parie que ce fut d’abord le compromis entre l’héritage du vieux langage et l’étrangeté des choses nouvelles.» (Fernand Dumont, Revue Maintenant, 1973)

L’école publique, débordée par une énorme population à scolariser, ne peut freiner la propagation du joual jusqu’à la révolution tranquille dans les années 1960 lorsque le frère Untel (pseudonyme de Jean-Paul Desbiens) lance un cri d’alarme dans ses « Insolences » où il déplore la qualité de la langue parlée et écrite au Québec et attire ainsi l’attention sur le déficit du système d’enseignement dont le gouvernement Lesage fait une priorité dans ses réformes. Paul Gérin-Lajoie, premier titulaire du ministère de l’Éducation  du Québec, fait d'ailleurs remarquer que l’essai « enterrait le département de l’Instruction publique  contrôlé par le clergé et remettait en cause tout le système scolaire de l’époque. »

En même temps, les écrivains et les intellectuels québécois se posent la question de leur identité culturelle et défendent le joual écrit pour manifester leur appartenance au « pays d’ici ». Après bien des décennies de honte pendant lesquelles la majorité de la population des classes ouvrières et d’agriculteurs avait le sentiment que leur langue n’avait pas le droit de s’afficher en public, le joual fait figure de symbole d’affirmation nationale par l’entremise des pièces de théâtre et des romans de Michel Tremblay (Les belles-soeurs), des chansons de Robert Charlebois, la chanson Fu-Man-Chu par exemple, des monologues de l’humoriste Yvon Deschamps ou encore des ouvrages de Gérald Godin, Gérard Bessette ou André Major. « Jacques Renaud faisait parler ses personnages en joual, mais écrivait le corps de son récit en français. Cela n’est pas assez pour Jasmin qui non seulement laisse joualiser ses héros, ce qui est défendable, mais écrit tout son récit en joual. » (Jasmin Claude: Jasmin par Jasmin, p.170, dans Richesses et particularités de la langue écrite au Québec, Montréal ,1981, p.1407).

En opposant le joual au français, on veut se détacher, se démarquer par rapport à l’ancien colonisateur et promulguer l’idée d’un Québec autonome et souverain. Ce mouvement connaît son apogée au moment des évènements d’octobre 1970 avec le mouvement autonomiste et les actes terroristes. Cependant la mode du joual écrit ne perdure qu’une dizaine d’années. Depuis la loi 101 en 1977, le français a acquis le statut de la langue officielle du Québec et le joual ne peut être considéré comme une alternative à l’utilisation de la langue française. Néanmoins il reste très présent en tant qu’expression populaire dans certains milieux et a perdu sa dimension polémique et essentiellement négative:
 
« Le joual est une sous-langue : il est, par nature, confusion, appauvrissement, privation désagrégation. Le joual, c’est le français parlé par un groupe linguistique dont la langue maternelle est gravement ébranlée par la proximité et la pression d’une langue étrangère, l’anglais. (…) Le joual, c’est le français ébranlé non seulement dans son articulation et son vocabulaire mais aussi, mais surtout dans sa syntaxe. » (Chamberland, P, 1967, Les Lettres nouvelles, dans : Holler, R, 1967, Canada, Paris : Edition du Seuil, p. 183 - Cf. aussi Le Trésor de la Langue Française informatisé : http://atilf.atilf.fr/)


Sujets d'étude:
  1. Pourquoi les groupes ruraux sont ils  arrivés en masse dans la capitale ? Comment a-t-on appelé ce phénomène ?
  2. Le joual se compose de plusieurs "langues". Quelles sont-elles ?
  3. Pourquoi a-t-on ressenti le besoin de créer une nouvelle langue ?
  4. Comment cette nouvelle langue est elle perçue ?
  5. Dans quelle mesure les groupes ruraux ont ils été confrontés à une langue "doublement étrangère" ?
  6. A quoi servait le français face à cette prédominance de l'anglais ?
  7. L'école publique a-t- elle permis d'endiguer la propagation du joual ?
  8. Que reproche le frère Untel dans les années 60 ?
  9. Quel rôle ont joué les intellectuels dans la diffusion et le maintien du joual ?
  10. Quel  nouveau rôle a alors eu le joual ?
  11. Quels écrivains ont par exemple pris certaines initiatives concernant cette nouvelle langue?
  12. A quelle langue le joual a-t- elle été opposée ? Dans quel(s) but(s) ?
  13. Comment ce mouvement a-t-il évolué ?
  14. Quel rôle a joué la loi 101 dans la diffusion du joual ?
  15. Quelle place occupe-t-il dans la société contemporaine ?  

Q.C.M.
Par qui la majorité des industries étaient elles dirigées ?
A   les anglo-saxons
B    les Français
C   Les Canadiens
Le joual est un "parler populaire" issu du mélange de:
A   la langue amérindienne et le français
B    l'anglais et la langue amérindienne
C    l'anglais et le français
La « révolution tranquille » a eu pour conséquence :
A   une propagation du joual
B    la déclaration du français comme langue officielle
C    la mise en place de réformes concernant le système scolaire
Le joual est considéré par les intellectuels :
A   comme un frein à la construction d'une nation moderne
B    comme un facteur d'affirmation identitaire
C    comme un dialecte mineur
Le mouvement en faveur du joual connut son paroxysme :
A   avec la Révolution tranquille dans les années 60
B    avec les moments d'octobre 1970
C    avec la loi 101 en 1977
La loi 101 a permis:
A   de faire du français la langue officielle
B    de faire du joual, la seconde langue parlée au Québec
                                C    de faire de l'anglais la langue officielle


C'fait qu'i'pâr' ; i'embarque à joual, p'i' i'pâr' ! I'd'mande à sa vieill' : «De quel côté qu'i'ést parti, le gârs ? - Ah ! 'a di', i'ést parti par lâ !» I'pârt pa' darguiér' [= par derrière]. Mé', le gâ' avè' in maudit bout' de fait' ! I's'en allait. D'tem en tem, i'r'virait, p'i'... Tout d'in cou', i'aparçoé' v'nir in homme à joual [...].
Lemieux, Germain (1974): Les vieux m'ont conté, T. 2, Contes franco-ontariens, recueillis et annotés par G. M., Montréal - Paris, Les Éditions Bellarmin - Maisonneuve et Larose, 341 p. (Publication du Centre franco-ontarien de folklore). P. 112.


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Actuellement, la langue française évolue au Québec en deux directions: a) vers la formation d'un créole franco-anglais, analogue à celui qu'on trouve dans les Antilles, créole qu'on désigne sous le terme péjoratif et vulgaire de «joual» [...].
Maintenant: revue mensuelle de culture et d'actualité chrétienne, Montréal, Presse catholique. 1967, no 65, p. 273 

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Nos professeurs n'ont pas le droit de mal parler, de présenter à nos enfants un visage déformé de la langue française. La tradition d'une langue négligée, l'institution «joual» doit disparaître.
Maintenant, 1967, avril, no 64, p. 116, col. 3  

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D'aucuns pourront croire que je m'apprête tout simplement à ramener sur le tapis la fameuse question du joual. Qu'on ne se méprenne pas. Alors que le joual est une stigmatisation caricaturale de certains traits de nos parlers locaux où règne peut-être, convenons-en, une tendance effrénée à l'anglicisme [...], je veux entendre «le québécien» au sens de l'ensemble des dialectes romans d'origine française parlés sur le territoire de la «belle Province».
DES MARCHAIS, Gilles, Janv. 1966: «Défense et illustration du québécien», dans Parti pris, Montréal, vol. 3, nº 6, p. 24-43.
 
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Le joual étant la manifestation de notre impuissance à se faire entendre, d'une absence de langage, il faut à tout prix se l'arracher de l'âme et le considérer comme le plus néfaste ressort de notre négativité.
GAUVIN, Lise, 1975: «Parti pris» littéraire, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 219 p. (Coll. Lignes québécoises). P 194.

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Mais enfin, le temps n'est pas aux nuances, au pays de Québec. Quand tout le monde parle joual, ce n'est pas le moment de surveiller ses ne...pas et ses ne...que. Si un homme est en train de dormir dans sa maison en feu, on ne le réveille pas au son de la petite sérénade nocturne de Mozart. On lui hurle de se réveiller, et s'il dort trop dur, on le taloche aller-retour.
[DESBIENS, Jean-Paul], 1960: Les insolences du Frère Untel, Montréal, Les Éditions de l'Homme, 158 p. P.17.


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Bien sûr qu'entre jouaux, ils se comprennent. La question est de savoir si on peut faire sa vie entre jouaux. Aussi longtemps qu'il ne s'agit que d'échanger des remarques sur la température ou le sport; aussi longtemps qu'il ne s'agit de parler que du cul, le joual suffit amplement. Pour échanger entre primitifs, une langue de primitif suffit; les animaux se contentent de quelques cris. Mais si l'on veut accéder au dialogue humain, le joual ne suffit plus. Pour peinturer une grange, on peut se contenter, à la rigueur, d'un bout de planche trempé dans de la chaux; mais, pour peindre la Joconde, il faut des instruments plus fins.
(...) Nos élèves parlent joual parce qu'ils pensent joual, et ils pensent joual parce qu'ils vivent joual, comme tout le monde par ici. Vivre joual, c'est Rock'n Roll et hot-dog, party et ballade en auto, etc... C'est toute notre civilisation qui est jouale.
[DESBIENS, Jean-Paul], 1960: Les insolences du Frère Untel, Montréal, Les Éditions de l'Homme, 158 p. P. 25- 26.


*Le texte du livre  Les insolences du Frère Untel de Jean-Paul Desbiens (1927-2006), paru en 1960, a été reproduit sous forme d’un document en version numérique par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi et est téléchargeable en format Word 2004 (Un fichier de 103 pages et de 480 K) pdf et rtf.

Extrait de la page 16-17 :

Le 21 octobre 1959, André Laurendeau publiait une Actualité dans Le Devoir, où il qualifiait le parler des écoliers canadiens-français de "parler joual". C'est donc lui, et non pas moi, qui a inventé ce nom. Le nom est d'ailleurs fort bien choisi. Il y a proportion entre la chose et le nom qui la désigne. Le mot est odieux et la chose est odieuse. Le mot joual est une espèce de description ramassée de ce que c'est que le parler joual : parler joual, c'est précisément dire joual au lieu de cheval. C'est parler comme on peut supposer que les chevaux parleraient s'ils n'avaient pas déjà opté pour le silence et le sourire de Fernandel.
Nos élèves parlent joual, écrivent joual et ne veulent pas parler ni écrire autrement. Le joual est leur langue. Les choses se sont détériorées à tel point qu'ils ne savent même plus déceler une faute qu'on leur pointe du bout du crayon en circulant entre les bureaux. "L'homme que je parle" - "nous allons se déshabiller" - etc... ne les hérisse pas. Cela leur semble même élégant. Pour les fautes d'orthographe, c'est un peu différent ; si on leur signale du bout du crayon une faute d'accord ou l'omission d'un s, ils savent encore identifier la faute. Le vice est donc profond : il est au niveau de la syntaxe. Il est aussi au niveau de la prononciation : sur vingt élèves à qui vous demandez leur nom, au début d'une classe, il ne s'en trouvera pas plus de deux ou trois dont vous saisirez le nom du premier coup. Vous devrez faire répéter les autres. Ils disent leur nom comme on avoue une impureté.

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Quelques commentaires actuels
(18 et 19 avril 2007) http://quebecjoual.wordpress.com/  - blog; http://fr.wordpress.com/tag/joual/)


Un accent, ce n’est pas qu’un accent…
On se voit tous les jours dans la glace, mais on ne s’entend pas parler. Une grande partie de ce que l’on dévoile aux autres par la parole demeure pour nous cachée. Ce qui explique sans doute le malaise ressenti par les Québécois lorsque les Français se moquent de leur accent. Chacun peut voir la couleur de sa peau, savoir s’il est moche ou s’il est beau, mais ce sont les autres qui nous apprennent que l’on chante faux…
De passage au Québec, l’acteur français Gad Elmaleh expliquait ainsi son approche pour reproduire l’accent québécois : Gad Elmaleh
Critiquer un accent, c’est aussi critiquer une mentalité, une culture : une façon d’être et de ressentir. C’est forcément indécent, mais c’est parfois nécessaire
La honte…
Un sentiment qui habite la plupart d’entre-nous et qui est sans doute à l’origine de la susceptibilité légendaire des Québécois. Et quelle en est la cause? Sur cette question personne ne s’entend.
Certains déplorent que le Québec ne soit pas un pays, d’autres souffrent de parler une langue abâtardie, d’autres encore regrettent de ne pas être Américain et de ne pas parler anglais comme tout le monde. Même ceux que le fait d’être Canadien contentait n’arrivent plus à relever la tête : un demi-siècle de nationalisme tranquille ayant fini par miner leur crédibilité.
Mais enfin, quelques soient les motifs invoqués, nous sommes tous plus ou moins honteux d’être Québécois! En fait, c’est peut-être la seule chose qui nous unit encore… Nous sommes les Honteux-Unis d’Amérique!
Le joual ne tolère pas la présence du français
Coupée de ses racines, une plante ne peut pousser. Toutes les difficultés d’expression des Québécois proviennent de leur rejet du français.
« Je suis né de parents français… Étant en étroite relation avec mes parents j’avais donc un fort accent français. Et puis vint le temps ou je dû commencer à aller à l’école… Dès ma troisième année, à force de ‘maudit français sale’ et de coups de poing sur la gueule et d’humiliations infligées autant par mes compagnons de classe que par mes professeurs… je n’ai eu d’autre choix que d’apprendre à parler joual. »
(Cas rare mais qui révèle des préjugés profondément ancrés)
Le joual est la langue de l’insécurité et du repli sur soi. Le racisme anti-français est l’expression de cette insécurité. Les traits culturels des immigrants français, souvent appréciés à la première génération, ne le sont plus tolérés dès la deuxième. C’est alors que le joual s’impose : à coups de hache s’il le faut…
Quant aux Québécois qui font des efforts pour « bien parler », ils doivent littéralement se battre pour imposer une langue que tout le monde réprouve, d’où un style hypercorrigé qui les rend souvent ridicules.
Les cousins canadiens valent-ils mieux que les maudits Français?
Pourquoi les Français se foutent de notre gueule quand on l’ouvre?
Question difficile et qui fait plus mal qu’on croit…
En France, j’ai été irrité de voir des compatriotes si souvent traités comme des « péquenots ». Mais quand je les voyais, impuissants, à la merci de toutes les « mauvaises langues », incapables de réagir et de se défendre, je me demandais vraiment qui blâmer. Là-bas, quand la bienveillance ou la complaisance ne sont pas au rendez-vous, on nous tire comme des pigeons et, mis à part quelques exceptions que l’on peut compter sur les doigts de la main, rares sont ceux qui se montrent suffisamment articulés pour discuter sur un pied d’égalité avec nos « cousins européens ».
Mais au fait c’est vrai, pourquoi les Français se foutent de notre gueule quand on l’ouvre ? Parce que les Français sont méchants? Sans doute! C’est connu, les Français sont méchants. D’ailleurs, c’est pour cette raison qu’on les appelle « maudits Français ». Nous, par contre, on est gentil. C’est pourquoi les Français nous appellent « cousins canadiens », parce qu’un cousin, ça aussi tout le monde le sait, c’est forcément gentil…
L’insolence de nos cousins est bien connue. Or, les Québécois ignorent souvent à quel point ils peuvent être « baveux ». Eh oui! C’est sans doute dans leurs défauts que chacun a du mal à admettre que les deux peuples se ressemblent le plus.
« L’accent canadien est moche et nul à chier »
(Célèbre animateur français)
Une bonne insulte possède toujours un fond de vérité. C’est évident. Pour blesser, il faut viser juste : « faut frapper là où ça fait mal ». Notre langue n’est pas toujours belle, quoiqu’en dise Yves Duteil.
Le Joual : une langue qui bégaie
Quand le Français hésite, le Québécois tâtonne! Bien sûr, chacun réfléchit à ce qu’il veut dire, mais le Québécois se demande aussi comment le dire! Et la plupart du temps, il ne trouve pas de réponse claire à sa question… Pourquoi? Parce qu’il hésite sans le savoir entre deux langues : le joual, le patois courant; et le français, langue de l’écrit, qu’il ne maîtrise pas à l’oral. En outre, indépendamment de ses connaissances linguistiques, il sait que s’il parle « trop bien », il risque d’attirer sur lui l’hostilité et l’incompréhension de ses compatriotes. Molière peut aller se rhabiller : le « vrai monde » veut qu’on lui dise « les vrais affaires » dans la langue de Tremblay!
Parler français, pour la plupart d’entre nous, équivaut à « châtier son langage », c’est-à-dire à perdre son naturel. En public et dans toutes les situations où il faut « bien parler », nombreux parmi nous sont ceux qui ne peuvent compléter la moindre phrase sans butter sans arrêt sur les mots. On observe alors une sorte de bégaiement apparaissant constamment sur le déterminant précédant le « mot mystère ». Ainsi, on entend « des, des, des… pommes de terre » ou bien « la, la, la… gravité universelle ». Cette habitude est si répandue que l’on ne l’entend même plus. Seuls les étrangers remarquent ces défaillances qui donnent de nous l’image d’un peuple bègue.
 
Questions sur les commentaires du forum de discussion:
1.      Quelle image l'acteur Gad Elmaleh utilise-t- il pour décrire le malaise que les gens parlant le joual ressentent ?  Dans quelle mesure la critique du joual peut elle être comparée avec le rejet de la culture québécoise ?
2.      Quelles raisons diverses sont évoquées pour justifier cette "honte d'être québécois"?
3.      Dans quelle mesure le joual peut il être facteur de rejet  et de repli communautaire ? A quelles dérives conduit ce repli communautaire ?
4.      Quel rapport franco-canadien est mis ici en évidence ?
5.      Quelles différences entre le québécois et le français sont évoquées ?


Je me souviens


Vivant pourtant sur un continent dominé par les puissants Etats-Unis et leur course vers le progrès futur, la devise du Québec, que l'on peut trouver depuis 1970 environ sur toutes les plaques minéralogiques de la Belle Province, est paradoxalement « Je me souviens ». La formule intransitive interpelle toutefois dès le premier regard : De quoi se souvient-on?
C'est l'architecte Eugène-Etienne Taché en concevant les plans de l'Hôtel du Parlement de Québec vers 1880, qui a inscrit cette phrase au bas des armes de la province. Pourtant la formule ne revêt un caractère officiel qu'à partir de 1939. Personne n'osa toutefois retoucher l'expression de Taché en lui ajoutant un complément. Celui-ci avait en effet, semble-t-il, volontairement choisi une expression sibylline. Taché n'avait cependant pas voulu faire référence aux divers événements historiques d'alors mais souhaitait plutôt rendre visible son ambition d'ériger une façade rendant hommage aux grands hommes de son histoire.
Plus intéressante que l'intention première de l'architecte est la réception d'une telle expression dans les consciences québécoises.
Deux interprétations de la formule dominent et sont d'ailleurs particulièrement représentatives des relations entre le Québec anglophone, également appelé « The Rest of Canada » et le Québec francophone. La première, défendue par les « partisans de la britannité », consiste à voir en cette formule un ode à la pluralité québécoise. La phrase « Je me souviens » ne serait en fait qu'une partie d'un vers écrit pour célébrer l'union de la Rose, c'est-à-dire l'Angleterre et du Lys, c'est-à-dire la France.
La deuxième interprétation consiste quant à elle à voir en cette formule un rappel au passé, à la perte de la francité. Selon cette deuxième interprétation, la « véritable » histoire québécoise a été refoulée par les « colonisateurs ». Le pacte fédératif aurait en effet consisté à fausser l'histoire pour donner l'image conciliatrice d'un pays sans « histoire(s) ». Derrière cette interprétation de la devise québécoise réside aussi le refus de l'américanisme et la suprématie de la géographie au détriment de l'Histoire. Le Québec se trouve en effet aspiré en quelque sorte par la Grande Amérique et son idéal de domination spatiale. Cette interprétation entend de surcroît donner à cette formule un caractère universel, dans la mesure où l'histoire québécoise semée d'embûches est une histoire à laquelle on peut facilement s'identifier dans le contexte de la mondialisation. La formule « Je me souviens » est ainsi l'affirmation de la différence québécoise par-delà les différences.
Cf Robitaille, Antoine « Je me souviens », 2001 in  Batigue, Stéphane, Québec - Espace et sentiment.   Paris, Ed. Autrement, 2001, p.147-171

Adoptées par mandat de la reine Victoria en 1868, les armoiries ont été modifiées par le gouvernement du Québec en 1939


- Une couronne britannique de style Tudor repose au sommet de l’écu et rappelle la couronne de diamants de la reine Victoria (1870).
-Trois fleurs de lys d'or sur champ d'azur représentent le souvenir du premier régime politique, à l'époque de la Nouvelle-France.
-Un léopard d'or sur fond rouge symbolise la Couronne britannique et correspond au deuxième régime politique du pays.
-Une branche d'érable à triple feuille représente l’image d’un des principaux produits naturels du Québec.
- En bas il y a un listel avec la devise emblématique du Québec : JE ME SOUVIENS.

                                 

Deux ans après la victoire des souverainistes aux élections générales le ministère des Transports décide de modifier l’inscription présente sur les plaques d’immatriculation. C’est en 1978 que le slogan « La belle province » est remplacée par la devise « Je me souviens ».

La devise du Québec figure officiellement au bas des armoiries du Québec depuis 1939, mais dès 1883 elle apparaît sur l’initiative du concepteur de l’Hôtel du Parlement Taché, pour rendre hommage aux hommes et aux femmes qui ont marqué l’histoire du Québec. « La devise du Québec, « Je me souviens », est représentative de la place – traditionnelle, sentimentale, parfois à la limite de la logique – que tient, non sans raison pourtant, l’histoire d’un pays qui s’est faite un peu (beaucoup) malgré lui. Le poids du passé et les leçons de l’histoire ont, au Québec, une importance capitale, au point même que cette présence peut empêcher, ultimement, d’envisager le présent avec réalisme et l’avenir avec sérénité. » (Tétu de Labsade, Françoise (1990) : Le Québec : un pays, une culture. Montréal : Boréal, p. 51.)


Janvier
La tempête a cessé. L’éther vif et limpide
A jeté sur le fleuve un tapis d’argent clair,
Où l’ardent patineur au jarret intrépide
Glisse, un reflet de flamme à son soulier de fer.

La promeneuse, loin de son boudoir tépide,
Bravant sous les peaux d’ours les morsures de l’air,
Au son des grelots d’or de son cheval rapide,
À nos yeux éblouis passe comme un éclair.

Et puis, pendant les nuits froidement idéales,
Quand, au ciel, des milliers d’aurores boréales
Battent de l’aile ainsi que d’étranges oiseaux,

Dans les salons ambrés, nouveaux temples d’idoles,
Aux accords de l’orchestre, au feu des girandoles,
Le quadrille joyeux déroule ses réseaux!

Louis Fréchette (1839-1908)
Tiré d’Oiseaux de neige, Beauchemin, 1908.

Jésuites  (les)

Les Jésuites appartiennent à un ordre religieux appelé la Compagnie de Jésus qui a été fondée par Ignace de Loyola en 1534. Les Jésuites sont arrivés en Nouvelle-France après les Récollets. Les deux ordres religieux avaient répondu à l'invitation de Samuel de Champlain qui souhaitait la conversion des peuples du Canada au catholicisme.
http://www.civilization.ca/vmnf/boucher.fra/lexique.html

 
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