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Peinture de Claude Picard
| S'il faut en croire Jacques
Lacoursière,
"Histoire populaire du Québec, Tome I, Des origines à
1791" René et ses fils ainsi que le frère de sa femme
François Landry étaient présents dans
l'église de Grand-Pré au moment de l'annonce de la
déportation. Ce serait lui, René Leblanc, le cousin de
Paul notre ancêtre, qui aurait traduit le texte anglais à
ses concitoyens. |
Le 5 septembre 1755, 418 Acadiens
furent réunis dans l'église de Grand Pré
sous la surveillance de soldats
en armes.
27 Boudro (Boudreau)
12 Commo (Comeau)
2 Benoit
2 Blanchard
2 Braux (Breau)
1 David
2 Doucet
1 Duon (Duaron)
13 Dupuis
41 Hébert
42 Landry
56 LeBlanc
14 Richard
4 Sonnier
13 Terriot (Thériault,
Thério)
4 Tibodo (Thibodeau)
16 Trahan
2 Vincent
Les
Français n'avaient jamais accepté le traité
d'Utrecht, signé en 1713, qui leur avait fait perdre
Terre-Neuve, la baie d'Hudson et l'Acadie. Ils sollicitaient les
Acadiens à quitter un sol devenu désormais anglais,
à venir s'établir sur l'isle Royale ou sur les rives du
Saint-Laurent. Des missionnaires, comme l'abbé Le Loutre,
jouaient un rôle équivoque : ils
évangélisaient les Indiens tout en les poussant à
la guerre sainte contre les protestants anglais.
En 1748,
le traité d'Aix-La-Chapelle avait rendu Louisbourg à la
France, et avait confié à une commission le soin de
délimiter les frontières de l'Acadie. Peu soucieux
d'attendre une décision peut-être défavorable, le
gouverneur La Galissonnière trancha le
différend au profit de la France, en lui adjugeant tout l'isthme
de Shédiac, toute la baie Française. Son successeur, La
Jonquière, érigea sur la frontière ainsi
tracée les forts Beauséjour et Gaspéreau. Mais les
Anglais tenaient trop à l'Acadie, rebaptisée
Nouvelle-Écosse, à son agriculture, à ses
pêcheries, pour tolérer les revendications
françaises même légitimes. Leur premier mouvement
avait été d'intensifier l'immigration. En l749, le
gouverneur Cornwallis fit venir 2 500 colons britanniques et fonda le
port de Halifax.
Au
printemps de 1750, des Acadiens demandèrent la permission de
quitter la Nouvelle-Écosse. Le
gouverneur Cornwallis, réalisant que ces Acadiens pouvaient
éventuellement renforcer les positions françaises, refusa
et répondit que les passeports ne pourraient être
délivrés jusqu'à temps que «la paix et la tranquillité
ne soient pas
rétablies dans la province».
Cependant, la
«question acadienne» inquiétait toujours les
autorités anglaises. Pouvait-on se fier à ces
«Français neutres» qui se refusaient de combattre au
sein des troupes britanniques ? Depuis le traité d'Utrecht, les
Anglais ont exigé des Acadiens le serment d'allégeance
à la couronne d'Angleterre.
Le serment
d'allégeance de 1730

Peinture de Claude Picard
Dans
l'ensemble, la
population acadienne a respecté ce serment d'allégeance
et a adopté une bonne conduite envers les autorités
anglaises. Les infractions parfois commises le furent sous le coup de
menaces françaises et indiennes. Des Français de
l'extérieur ont poussé les Indiens micmacs à
guerroyer contre les Anglais de l'Acadie, et l'un de ces animateurs a
été l'abbé Le Loutre.
En 1755,
les Anglais, décidés à résoudre le problème,
frappèrent un coup décisif :
ils attaquèrent les forts
Beauséjour et Gaspéreau qui, mal
défendus, offrirent peu de résistance et capitulèrent
respectivement le 16 et 18 juin. Maintenant,
sans crainte de représailles, on pouvait se
débarrasser des Acadiens. Ce fut le
«Grand Dérangement».
Les
soldats de la Nouvelle-Angleterremaintinrent la garnison du Fort
Beauséjour,rebaptisé Cumberland, jusqu'en septembre
où ils furent retirés pour aider
à la déportation des Acadiens.
Déjà près de 400 Acadiens de Chignectou avaient
été enfermés dans le
fort. Les troupes du fort firent
également quelques sorties pour mettre
le feu à des villages situés dans les alentours.

L'ordre
n'est pas venu de Londres. On avait naguère
examiné ce projet, mais la décision finale retombe
sur le gouverneur Lawrence. Les autorités métropolitaines
ne seront avisées
qu'après les premières
opérations : elles ne les ont pas désavouées
par la suite. Aux yeux de Lawrence, la déportation
apparaît comme une nécessité stratégique.
Dans la guerre de plus en plus imminente avec
la France, les Acadiens lui semblent un mauvais
risque, un danger pour les soldats anglais de
la province. Surtout que la population
française de l'Acadie compte environ 15 000
âmes.

La déportation par Lewis Parker
Le 5 septembre 1755, 418
Acadiens furentréunis dans l'église de Grand Pré
sous la surveillance de soldats en armes. Le
colonelWinslow prit la parole et leur fit connaître
ladécision de Lawrence : «Je vous communiquedonc, sans
hésitation, les ordres et instructions de Sa
Majesté, à savoir que toutes vos terres et habitations,
bétail et cheptel de toute nature sont confisqués
par la couronne, que tous vos
autres biens, sauf votre argent et vos meubles,
et vous devez vous-mêmes être
enlevés de cette province qui leur
appartient.» Cependant, Winslow se
garda bien d'indiquer le lieu de destination.
Puis il ajouta : «J'espère que
dans toute une partie du monde où le
sort va vous jeter, vous serez des sujets fidèles, un peuple paisible et heureux.»

Peinture
de Claude Picard
| Attente
avant l'embarquement |
C'est le 10 septembre suivant
qu'eut lieu le premier embarquement à
bord des vaisseaux,puis la chasse à l'homme commença.
Traquésde toutes parts, ces captifs sans défense
furentdirigés vers les côtes. Heureusement avertis par des fuyards, un bon nombre d'Acadiens
réussirentcependant à s'enfuir avant l'arrivée des
soldats,pendant que d'autres se cachèrent par petitsgroupes dans
les forêts. De toutes les famillesacadiennes, il n'y en eut pas
une qui ne fût frappéepar la mort de plusieurs de ses
membres ou par laséparation de beaucoup d'entre eux. Car dans
laconfusion des embarquements, on démembra desfamilles et ces
malheureux ainsi séparés etéparpillés sur
les navires furent emmenés aux quatre
vents. Plus de 7 000 Acadiens furentdéportés vers les
colonies anglaises d'Amérique : 300
à New York, 2 000 au Massachusetts, 500 en Pennsylvanie,
700 au Connecticut, 1200 enVirginie, 1000 au
Maryland, 500 en Caroline du Nord, 500 en
Caroline du Sud et 400 en Géorgie. Quelques-uns périrent
en mer et, déjà malades et affaiblis par séjour
sur les navires, la mort fit, dans leurs rangs, des ravages
effroyables: sur les 454 débarqués à Philadelphie
en novembre 1755, la petite vérole en
emporta 237 en quelques semaines.
L'exil
dans ces colonies
fut pour eux encore plus cruel que leur station et leur déportation. Par petits groupes dispersés dans
les villes et les villages, ils
vécurent, à part quelques exceptions,
au milieu d'une population farouchement hostile
à leur égard. Une loi votée à la législature du
Massachusetts, le 28
août 1756, concernant les Acadiens, en dit long sur leurs conditions de vie : Il est
décrété que si les anciens habitants
français de la Nouvelle-Écosse sont trouvés en
dehors des limites des bourgs dans lesquels cette législature
leur a ordonné de demeurer, ils seront, pour la première contravention, au bloc pour une période de
trois heures et pour la deuxième,
recevront, sur le dos mis à nu, dix
coups de fouet. Ces malheureuses
familles déjà démembrées
dès leur départ pour l'exil connurent le fond
de l'horreur : le gouverneur Lawrence avait recommandé
de s'emparer des jeunes enfants acadiens afin
d'en faire sujets anglais et protestants.
Aussi, suivant les paroles du gouverneur à la
lettre, des Anglais
n'hésitèrent pas à enlever
et au besoin par la force des enfants en bas
âge à des mères déjà
persécutées et tant éprouvées.
Aux lendemains de leur arrivée dans les
colonies anglaises, quelques Acadiens s'étaient enfuis
vers la Louisiane. Ce fut notamment le cas parmi
ceux débarqués dans les colonies du Sud,
et ces premières bandes furent suivies
de plusieurs autres.
Par
contre, comme la plus grande liberté de conscience était
autorisée dans les Carolines, qui avaient anciennement servi de
refuges à un grand nombre de huguenots français
après la révocation de l'édit de Nantes, des
Acadiens préférèrent rester dans ces colonies et
s'y établir.Des descendants de huguenots, émus par
leurtriste sort, les avaient bien accueillis et aidés de leur mieux. Parmi ces Acadiens établis en Caroline du Sud, citons Basile Lanoue qui, devenu citoyen américain, et élu à
l'assemblée législative de l'État en 1796. Ses
descendants prirent le nom de Lanneau. En fait,
minés par la nostalgie de leur pays, ces exilés ne
pensaient qu'à retourner chez eux. Mais
lorsqu'ils apprirent la chute de la Nouvelle-France, après la
capitulation de Montréal, le 8 septembre 1760, ils
n'envisagèrent plus un éventuel retour en Acadie, du
moins dans l'immédiat. Aussi,
désireux de retrouver leur liberté et
leur dignité, des Acadiens décidèrent-ils de
partir en Louisiane. C'était l'ultime espoir, pour eux, de vivre
en paix sur une terre française.
Par
petites bandes, au milieu d'une nature sauvage,
des familles acadiennes entreprirent ce long
voyage vers le Mississipi. Les plus fortsaidèrent les plus
faibles. Mais tous, animés d'une nouvelle
force, endurèrent avec courage les épreuves
de cette marche interminable. D'autres préférèrent
partir vers les Antilles françaises et ils s'établirent
à Saint-Domingue, en Guadeloupe et en
Martinique.
D'après un document daté de 1763 et conservé
aux archives du ministère des Affaires étrangères
à Londres, 4 397
Acadiens vivaient encore à cette
époque dans les colonies anglaises,
dont 1 043 au Massachusetts, 249 dans la
province de New York, 666 au Connecticut, 383 en
Pennsylvanie, 810 dans le Maryland, 280 dans la
Caroline du Sud et 185 en Géorgie. Mis à part ceux
qui étaient partis, les autres qui manquaient
à l'appel étaient morts de
chagrin et de misère. Après le traité de Paris,
d'autres Acadiens se dirigèrent à leur
tour vers les Antilles françaises. Mais, comme le
climat tropical leur était insupportable, les uns
et les autres finirent par arriver en Louisiane
dans l'espoir d'y retrouver des membres de leur
famille.
Durant le
«Grand dérangement», des Acadiens
furent aussi déportés en Angleterre. Ils demeurèrent
dans des camps de concentration à Bristol,
Liverpool, Falmouth, Southampton et Portsmouth.
Sur les 1 500 déportés
internés pendant sept longues
années dans ce pays, il n'en restait
plus que 866 à la fin de 1762. Là encore, un grand
nombre d'entre eux étaient morts de chagrin, de
privations et aussi d'épidémies.
Après la signature du traité de
Paris, le ministre Choiseur exigea des
autorités britanniques que les rescapés de ces
sinistres camps soient dirigés vers les ports français.
Ainsi, à partir de 1763,
des milliers d'Acadiens se trouvaient en
France, rapatriés par vagues successives
en provenance du Canada après la
capitulation de Louisbourg en 1758, des colonies
anglo-américaines et d'Angleterre. Leur peine,
leur désespoir incommensurable et le délabrement
de leur santé ne pouvaient qu'inspirer la
plus profonde pitié. Mais pour la plupart d'entre eux, ce qui amenait la souffrance morale était le démantèlement des familles. Ils
étaient sans espoir de retrouver un jour
soit un époux, une épouse, des parents
ou des enfants débarqués si loin les uns des
autres sur des rivages étrangers. Selon
l'abbé Casgrain : «Ils
étaient comme des plantes arrachées,
ils ne pouvaient plus se reprendre à la vie.
La nostalgie les tuait autant que la misère. »
Le
gouvernement français prit des mesures humanitaires pour venir
en aide à ces malheureux exilés dépouillés
de leurs biens, et divers projets furent
élaborés. D'abord, compte tenu de leur vie antérieure
et de leur expérience dans une
colonie, ne valait-il pas mieux envoyer ces
Français d'outre-mer dans des colonies,
plutôt que de les garder en
métropole ? L'idée était sans doute valable.
Ainsi, en 1762 et en 1763, le ministre des colonies
expédia des volontaires en Guyane, et d'autres
furent envoyés aux îles
Saint-Pierre et Miquelon et aux Antilles
françaises. Un petit nombre d'entre eux
préféra s'établir en Uruguay. En 1764, Choiseul
envoya aussi 10 000 immigrants d'Alsace et de
Lorraine en Guyane. Mais le climat insalubre et
les épidémies
décimèrent 6 000 de cesnouveaux colons en l'espace de
quelques mois. Deux ans plus tard, quelques
survivants acadiens quittèrent cet enfer
torride et s'embarquèrent pour la
Louisiane.
En 1765,
78 familles acadiennes furentdirigées vers
Belle-Île-en-mer, en Bretagne, en vue de
leur établissement. A cette époque,
l'île était quasiment inhabitée et appartenait en
propre à Louis XV. Le roi, qui s'était ému du sort
tragique des Acadiens, avait pris la décision d'établir
cesfamilles sur des terres de son domaine, et de lesleur octroyer en
toute propriété. Ainsi, après un contrat en
bonne et due forme, chaque familledevint
propriétaire d'une concession située dans une
des quatre paroisses de l'île. L'abbé Le
Loutre, qui avait connu huit ans de
captivité dans l'île Jersey,
veilla en personne à l'établissement de ces gens
et à une juste répartition de leurs
parcelles. En outre, chaque famille
reçut une maison et des bâtiments
de ferme à construire, ainsi que du bétail,
des outils et une pension pour lui faciliter le lancement
de son exploitation agricole.
Au cours
de l'année 1773, le gouvernement conçut le plan
d'installer 1 500 Acadiens sur un important établissement
agricole, créé dans ce but, en
Poitou. D'après un recensement effectué par le gouvernement
à la fin de cette année, il
se trouvait encore environ 2 500 Acadiens
éparpillés dans plusieurs ports
de France comme Boulogne, Morlaix, Saint-Malo,
Belle-lle-en-mer, Le Havre,
Cherbourg, La Rochelle et Rochefort, où
d'ailleurs ils y vivaient tant bien que mal. Le marquis de Pérusse des Cars, qui possédait un vaste
domaine près de Poitiers, accepta d'y
recevoir les Acadiens et d'organiser leur
installation. Le gouvernement s'était
engagé à subventionner ce projet.
Les
familles furent d'abord dirigées vers Châtellerault,
où elle y demeurèrent plusieurs mois en
attendant les terres qu'on leur avait promises.En fait,
tout restait à faire, à commencer par la construction
des maisons. A la longue
lemécontentement ne tarda pas à gronder, d'une part parce que ces réfugiés
comprirent qu'ils ne deviendraient jamais
propriétaires des lotissements en
friche, et d'autre part parce que ces chefs de famille
comptaient davantage de marins et de pêcheurs
que des agriculteurs. Voyant alors que le généreux
projet était devenu un échec, le Conseil du roi
proposa de ne garder au pays que les paysans
ayant de l'expérience et de renvoyer les gens
de mer vers les côtes. Finalement, une trentaine
de familles seulement, regroupant l60 personnes,
s'établirent le long de la
«Ligne acadienne» qui rejoint les trois paroisses d'Archigny, Saint-Pierre de Maillé et La Puye. A l'intention des Acadiens, on y construisit 54
solides maisons au type très particulier
et différent des demeures poitevines,
dont 38 existent encore.
Dès 1766, des Acadiens vivant en France apprirent que
quelques-uns de leurs compatriotes s'étaient
établis en Louisiane. Puis la nouvelle ne tarda
pas à se répandre. Aussi, dans l'espoir de retrouver
des membres de leur famille qu'ils pensaient
perdus à jamais, de nombreux Acadiens émirent
le voeux d'aller en Louisiane. Un
premier départ, comprenant 22 personnes,
eut lieu en 1777. Mais le désir des
Acadiens d'aller s'établir en Louisiane
rencontra quelques obstacles, car la colonie
était devenue espagnole depuis le désastreux
traité de Paris. C'est alors qu'un certain Peyroux
de La Coudrenière qui avait passé sept ans en
Louisiane, décida d'intervenir en
faveur des Acadiens désireux de
s'embarquer pour l'Amérique. Il
réussit à obtenir une audience avec l'ambassadeur
de l'Espagne à Paris, et lui soumit le projet
de faire transporter en Louisiane les Acadiens
réfugiés en France
afin qu'ils puissent y
retrouver leurs parents. Des négociations
s'amorcèrent et, le 22 octobre 1783, le roi d'Espagne, Charles
III, accepta ce projet par décret Royal. Puis, en janvier 1784,
Peyroux de La Coudrenière obtenait
l'assurance que les volontaires acadiens
seraient transportés dans la colonie aux
frais du gouvernement espagnol. A partir de
là, les négociations s'accélérèrent. Finalement,
à la suite d'un échange
de notes entre les gouvernements
français et espagnol, Louis XVI accorda
son assentiment à l'embarquement des Acadiens,
le 31 mars de la même année. 
Au
total, 1 596 Acadiens s'embarquèrent à destination de la
Nouvelle-Orléans entre le 10 mai et le 15 octobre 1785. Sept
navires transportèrent les Acadiens de France en Louisiane, dont
respectivement Le Bon Papa, La Bergère, Le
Beaumont, Le Saint-Rémy, La Amistad, La
Villa de Arcangel, et La Carolina.
Bientôt, grâce à tous ces apports,
la population de souche acadienne en Louisiane
ne tarda pas à atteindre plus de 4 000 âmes.
Après la fin des hostilités franco-anglaises, des
rescapés de cette tragédie revinrent dans
leur pays et, par vagues successives, se
répandirent dans les provinces maritimes
du Canada. En 1764, les instructions royales
autorisèrent les Acadiens à rentrer
comme colons au même titre que les sujets britanniques,
et moyennant le serment d'allégeance commun.
Ces exilés arrivèrent successivement des rives
du Saint-Laurent, des îles Saint-Pierre et Miquelon,
et aussi des colonies anglaises
où des familles formèrent des
caravanes qui traversèrent à
pied des zones montagneuses, des forêts et des rivières
au prix de périls de toutes sortes, de fatigues
et de privations inouïes. On verra
de ce fait, pendant de longs mois, des bandes
errantes d'êtres tristes et
faméliques se traîner sur les chemins,
s'efforçant de gagner la terre promise.
Selon M.
Rameau, il se trouvait environ 2 800 Acadiens
éparpillés dans leur pays entre les années
1766-1768. Ce retour des
réfugiés, qui repartirent de rien
sur une terre qui n'était plus la leur
et sur laquelle flottait désormais le drapeau d'une
autre nation, inspira le poète Longfellow lorsqu'il
écrivit Évangéline
: «En Acadie, c'est toujours la forêt vierge, mais à
l'ombre de ses feuillages, habite maintenant
une autre race, aux moeurs différentes
et parlant une autre langue. Seulement, le long
des rivages du triste et brumeux
Atlantique, languissent quelques paysans acadiens, les fils de ceux
qui, s'étant échappés de leurs
prisons lointaines, sont revenus jusqu'ici, pour mourir
et reposer dans le sol natal.»
Ce sont
donc ces réfugiés acadiens, livrés à
eux-mêmes et extrêmement pauvres, qui assurèrent la
survivance de leur groupe ethnique. Au début, misérables
et sans instruction, ils vécurent ainsi dans l'isolement et
l'abandon le plus total, leurs seules forces étant
l'incomparable pureté de leurs valeurs morales, l'amour du
travail et le profond attachement à leur foi religieuse. Mais
ces quelques Acadiens ayant aussi le culte de la famille, se
multiplièrent rapidement. En 1803, la population acadienne des
trois provinces maritimes comptait 8 432 âmes, pour atteindre
ensuite 11 630 habitants neuf ans plus tard. C'était
déjà un miracle de
fécondité.

Peinture de Claude Picard
L'Acadie, complètement vidée de ses familles fondatrices
à partir de 1755, allait malgré tout retrouver son
âme. Après plus d'un siècle d'oubli, nous
assisterons à une véritable renaissance acadienne et
cette renaissance se fera en quatre étapes. Mais, ne pouvant
compter que sur eux-mêmes, les Acadiens durent se forger, seuls,
les outils de leur propre survivance. C'est ainsi que l'année
1867 vit la fondation du premier journal de langue française des
provinces maritimes Le Moniteur acadien.
C'était déjà un premier
pas pour affirmer l'entité distincte de ce petit
peuple. Il ne lui restait plus qu'à se
créer une identité bien à
lui vis-à-vis des autres groupes français
du Canada et des États-Unis. Ce souhait se
réalisa quatorze ans plus tard.
En
juillet 1881, lors du premier congrès acadien qui se
déroula à Memramcook, les délégués
des paroisses de la Nouvelle-Écosse, de l'Ile-du-Prince-Édouard
et du Nouveau-Brunswick, décidèrent du choix du 15
août comme fête nationale des
Acadiens des provinces maritimes. Puis, trois ans plus tard, lors d'un
second congrès qui eut lieu à Miscouche, les
délégués adoptèrentà
l'unanimité la proposition suivante : «Que le drapeau
tricolore soit le drapeau national desAcadiens
français. Comme marque distinctive de lanationalité
acadienne, on placera une étoile, figure de
Marie, dans la partie bleue, qui est la couleur symbolique
des personnes consacrées à la Sainte Vierge.
Cette étoile, Stella Maris, qui doit
guider la petite colonie acadienne à
travers les orages et les écueils, sera
aux couleurs papales pour montrer notre
inviolable attachement à la Sainte Église, notre
mère.»
Enfin,
lorsque ce drapeau fut déployé pour la première
fois devant un auditoire ému, quelques personnes
présentes suggérèrent de chanter la «Marseillaise».
C'est alors qu'un
délégué, M. l'abbéRichard, entonna l'Ave
Maris Stella, que la foulechanta avec lui. Cet air, bien connu par tous
et sisouvent chanté dans les églises d'Acadie,
futfinalement choisi comme hymne national. Avec tous
les atouts, l'Acadie renaissait de ses cendres 129 ans après le
génocide et la triste tragédie du «Grand
Dérangement». Quelle nationalité n'eût
pasdisparu après de si cruelles épreuves et devant tant d'adversité ? L'histoire des Acadiens,
toujours parsemée d'embûches, est
un modèle de volonté
et de courage.
En 1884,
lorsque le magnifique drapeautricolore, symbole de
fidélité à la lointaine mère patrie, se
répandit dans les villes et les villages des provinces
maritimes, il provoqua chez les Acadiens un vif
sentiment élevé de dignité. Sa présence, sans
pour autant faire oublier les souffrances et
les humiliations du passé, donna une nouvelle
force et un élan à ce
petit peuple martyr. Et à partir de
là, ces descendants d'exilés
léguèrent aux jeunes générations, espoir de
l'avenir, des motifs de fierté et d'attachement
immuable à l'Acadie
immortelle.
Ce
chapitre est un extrait du livre de Johnny
Montbarbut «Si l'Amérique
française m'était
comptée, Essor et chute». Vous
pouvez vous
procurer ce livre aux Éditions de
L'HEXAGONE.

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Aujourd'hui,
le site de la déportation à Grand-Pré est
marqué d'une croix commémorative.
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Grand-Pré

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