A la découverte du Québec (ppt)

Le joual: un parler populaire (+clips) B2/C1 Imprimer Envoyer
Le joual
Manfred Overmann et Sonia Lavanan (2007)

Histoire de la langue joual: Visionnement de clips (Radio-Canada) 1
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Le joual est un " parler populaire" né de la rencontre entre le français rural et l'anglais industriel et commercial à la fin du vingtième siècle. Les populations arrivant des campagnes pour chercher un emploi devaient en effet trouver un moyen de communication pour s'intégrer. Véritable compromis entre deux langues, le joual se propage  très vite jusqu'aux années 60 pendant lesquelles de nombreuses réformes seront adoptées. Le joual reste  chez les intellectuels un moyen d'affirmation nationale jusqu'à la fin des années 70 puis perd sa dimension polémique.
 
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Le beau parler des citadins de la capitale et les parlers populaires des paroisses rurales ont toujours creusé un clivage linguistique en jetant le discrédit sur les groupes ruraux, notamment les paysans, éloignés de la dite capitale. Au début du 20ème siècle le surplus de la main d’½uvre rurale afflue vers les grandes villes afin de trouver un travail dans les industries dirigées en majeure partie par les dirigeants anglo-saxons.
 
C'est dans ce milieu que la rencontre entre le français rural et l'anglais industriel et commercial donne naissance à "un parler populaire" qu'on appellera le joual  à base syntaxique et lexicale tout à fait française mais auquel s'adjoindront pour les besoins d'une communication entre patrons et ouvriers, un lexique, des expressions et des tournures anglaises. (Tétu de Labsade, Françoise: Le Québec: un pays, une culture, 1990, Montréal, Boréal, p.95). Effectivement le joual est souvent considéré comme un sociolecte abâtardi de la classe ouvrière québécoise dont résulte un cul-de-sac économique et social: un patois mineur qui avilit ses locuteurs face aux voisins anglophones et les marginalise dans le monde francophone.
 
Toutefois le joual se trouve réduit à un usage exclusivement oral dû à l’isolement de la couche rurale des Canadiens francophones transplantés dans le contexte de la ville, surtout de Montréal. Comment  nommer et s’approprier alors des objets inconnus et des comportements nouveaux et se familiariser avec l’univers de l’industrialisation ? Le joual peut  avant tout être considéré comme un parler oral anglicisé où le vocabulaire français est de plus en plus substitué par l’anglais. Il servit d’abord à la communication sur le lieu de travail.
 
Cet enlisement dans «un marécage du langage» technique de la bourgeoisie est un défi terrible pour les ruraux arrivant en ville. «Mais ici, ce fut pis encore: les choses de l’industrie et de la ville avaient été nommées dans une langue doublement étrangère. Tout ce qui n’était pas rural, la machine, les grands ensembles, les centres de décisions se révélaient en anglais. La modernité était anglaise. Le français rural s’y est perdu en vains efforts. Il a pu servir encore à exprimer le cercle des souvenirs, des amours, de loisirs, de la colère et de la résignation... Le joual, je parie que ce fut d’abord le compromis entre l’héritage du vieux langage et l’étrangeté des choses nouvelles.» (Fernand Dumont, Revue Maintenant, 1973)
 
L’école publique, débordée par une énorme population à scolariser, ne peut freiner la propagation du joual jusqu’à la révolution tranquille dans les années 1960 lorsque le frère Untel (pseudonyme de Jean-Paul Desbiens) lance un cri d’alarme dans ses « Insolences » où il déplore la qualité de la langue parlée et écrite au Québec et attire ainsi l’attention sur le déficit du système d’enseignement dont le gouvernement Lesage fait une priorité dans ses réformes. Paul Gérin-Lajoie, premier titulaire du ministère de l’Éducation  du Québec, fait d'ailleurs remarquer que l’essai « enterrait le département de l’Instruction publique  contrôlé par le clergé et remettait en cause tout le système scolaire de l’époque. »
 
En même temps, les écrivains et les intellectuels québécois se posent la question de leur identité culturelle et défendent le joual écrit pour manifester leur appartenance au « pays d’ici ». Après bien des décennies de honte pendant lesquelles la majorité de la population des classes ouvrières et d’agriculteurs avait le sentiment que leur langue n’avait pas le droit de s’afficher en public, le joual fait figure de symbole d’affirmation nationale par l’entremise des pièces de théâtre et des romans de Michel Tremblay (Les belles-soeurs), des chansons de Robert Charlebois, la chanson Fu-Man-Chu par exemple, des monologues de l’humoriste Yvon Deschamps ou encore des ouvrages de Gérald Godin, Gérard Bessette ou André Major. « Jacques Renaud faisait parler ses personnages en joual, mais écrivait le corps de son récit en français. Cela n’est pas assez pour Jasmin qui non seulement laisse joualiser ses héros, ce qui est défendable, mais écrit tout son récit en joual. » (Jasmin Claude: Jasmin par Jasmin, p.170, dans Richesses et particularités de la langue écrite au Québec, Montréal ,1981, p.1407).
 
En opposant le joual au français, on veut se détacher, se démarquer par rapport à l’ancien colonisateur et promulguer l’idée d’un Québec autonome et souverain. Ce mouvement connaît son apogée au moment des évènements d’octobre 1970 avec le mouvement autonomiste et les actes terroristes. Cependant la mode du joual écrit ne perdure qu’une dizaine d’années. Depuis la loi 101 en 1977, le français a acquis le statut de la langue officielle du Québec et le joual ne peut être considéré comme une alternative à l’utilisation de la langue française. Néanmoins il reste très présent en tant qu’expression populaire dans certains milieux et a perdu sa dimension polémique et essentiellement négative:
 
« Le joual est une sous-langue : il est, par nature, confusion, appauvrissement, privation désagrégation. Le joual, c’est le français parlé par un groupe linguistique dont la langue maternelle est gravement ébranlée par la proximité et la pression d’une langue étrangère, l’anglais. (…) Le joual, c’est le français ébranlé non seulement dans son articulation et son vocabulaire mais aussi, mais surtout dans sa syntaxe. » (Chamberland, P, 1967, Les Lettres nouvelles, dans : Holler, R, 1967, Canada, Paris : Edition du Seuil, p. 183 - Cf. aussi Le Trésor de la Langue Française informatisé : http://atilf.atilf.fr/)
 
 
LEXIQUE :
 
abâtardi: dégénéré
affluer: augmenter, abonder, arriver en masse.
apogée: le paroxysme. ant.= son plus bas niveau.
approprier (s'): usurper la propriété de quelque chose.
avilir: dévaluer, humilier, dégrader.
citadin: ant.= campagnard, rural, villageois, paysan.
creuser un clivage : agrandir la différence.
CUL DE SAC : une impasse.
débordé : être dépassé par quelque chose que l’on ne peut plus contrôler.
défi: un challenge.
détacher (se): prendre de la distance par rapport à quelque chose ou à quelqu’un.
éloigné: retiré.  ant = avoisinant.
enlisement: engluement.
freiner: diminuer, ralentir.
héritage: legs. Ce que quelqu'un laisse à son héritier dans son testament.
jeter le discrédit: nuire à quelqu'un ou quelque chose, décrier.
locuteur: l'émetteur, le parlant. ant. = l'auditeur.
main-d'oeuvre: l'ensemble des ouvriers de tel ou tel métier.
marécage: marais; Étendue de terre saturée d'eau pendant la plus grande partie de l'année.
marginaliser: mettre à l'écart.
parier: jouer, miser.


Sujets d'étude

  1. Pourquoi les groupes ruraux sont ils  arrivés en masse dans la capitale ? Comment a-t-on appelé ce phénomène?
  2. Le joual se compose de plusieurs "langues". Quelles sont-elles ?
  3. Pourquoi a-t-on ressenti le besoin de créer une nouvelle langue ?
  4. Comment cette nouvelle langue est elle perçue ?
  5. Dans quelle mesure les groupes ruraux ont ils été confrontés à une langue "doublement étrangère" ?
  6. A quoi servait le français face à cette prédominance de l'anglais ?
  7. L'école publique a-t- elle permis d'endiguer la propagation du joual ?
  8. Que reproche le frère Untel dans les années 60 ?
  9. Quel rôle ont joué les intellectuels dans la diffusion et le maintien du joual ?
  10. Quel  nouveau rôle a alors eu le joual ?
  11. Quels écrivains ont par exemple pris certaines initiatives concernant cette nouvelle langue?
  12. A quelle langue le joual a-t- elle été opposée ? Dans quel(s) but(s) ?
  13. Comment ce mouvement a-t-il évolué ?
  14. Quel rôle a joué la loi 101 dans la diffusion du joual ?
  15. Quelle place occupe-t-il dans la société contemporaine ?

QCM

1. Par qui la majorité des industries étaient elles dirigées ?
A   les anglo-saxons
B    les Français
C   es Canadiens
 
2. Le joual est un "parler populaire" issu du mélange de:
A   la langue amérindienne et le français
B    l'anglais et la langue amérindienne
C    l'anglais et le français
 
3. La « révolution tranquille » a eu pour conséquence :
A   une propagation du joual
B    la déclaration du français comme langue officielle
C    la mise en place de réformes concernant le système scolaire
 
4. Le joual est considéré par les intellectuels :
A   comme un frein à la construction d'une nation moderne
B    comme un facteur d'affirmation identitaire
C    comme un dialecte mineur

5. Le mouvement en faveur du joual connut son paroxysme :
A   avec la Révolution tranquille dans les années 60
B    avec les moments d'octobre 1970
C    avec la loi 101 en 1977
 
6. La loi 101 a permis:
A   de faire du français la langue officielle
B    de faire du joual, la seconde langue parlée au Québec
C    de faire de l'anglais la langue officielle


*Le texte du livre  Les insolences du Frère Untel de Jean-Paul Desbiens (1927-2006), paru en 1960, a été reproduit sous forme d’un document en version numérique par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi et est téléchargeable en format word, pdf et rtf.


Extrait de la page 16-17 :
Le 21 octobre 1959, André Laurendeau publiait une Actualité dans Le Devoir, où il qualifiait le parler des écoliers canadiens-français de "parler joual". C'est donc lui, et non pas moi, qui a inventé ce nom. Le nom est d'ailleurs fort bien choisi. Il y a proportion entre la chose et le nom qui la désigne. Le mot est odieux et la chose est odieuse. Le mot joual est une espèce de description ramassée de ce que c'est que le parler joual : parler joual, c'est précisément dire joual au lieu de cheval. C'est parler comme on peut supposer que les chevaux parleraient s'ils n'avaient pas déjà opté pour le silence et le sourire de Fernandel.
 
Nos élèves parlent joual, écrivent joual et ne veulent pas parler ni écrire autrement. Le joual est leur langue. Les choses se sont détériorées à tel point qu'ils ne savent même plus déceler une faute qu'on leur pointe du bout du crayon en circulant entre les bureaux. "L'homme que je parle" - "nous allons se déshabiller" - etc... ne les hérisse pas. Cela leur semble même élégant. Pour les fautes d'orthographe, c'est un peu différent ; si on leur signale du bout du crayon une faute d'accord ou l'omission d'un s, ils savent encore identifier la faute. Le vice est donc profond : il est au niveau de la syntaxe. Il est aussi au niveau de la prononciation : sur vingt élèves à qui vous demandez leur nom, au début d'une classe, il ne s'en trouvera pas plus de deux ou trois dont vous saisirez le nom du premier coup. Vous devrez faire répéter les autres. Ils disent leur nom comme on avoue une impureté.

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Quelques commentaires actuels

(18 et 19 avril 2007)
http://quebecjoual.wordpress.com/  - blog
http://fr.wordpress.com/tag/joual/
 
 
Un accent, ce n’est pas qu’un accent…
On se voit tous les jours dans la glace, mais on ne s’entend pas parler. Une grande partie de ce que l’on dévoile aux autres par la parole demeure pour nous cachée. Ce qui explique sans doute le malaise ressenti par les Québécois lorsque les Français se moquent de leur accent. Chacun peut voir la couleur de sa peau, savoir s’il est moche ou s’il est beau, mais ce sont les autres qui nous apprennent que l’on chante faux…
De passage au Québec, l’acteur français Gad Elmaleh expliquait ainsi son approche pour reproduire l’accent québécois : Gad Elmaleh
Critiquer un accent, c’est aussi critiquer une mentalité, une culture : une façon d’être et de ressentir. C’est forcément indécent, mais c’est parfois nécessaire
 
 
La honte…
Un sentiment qui habite la plupart d’entre-nous et qui est sans doute à l’origine de la susceptibilité légendaire des Québécois. Et quelle en est la cause? Sur cette question personne ne s’entend.
Certains déplorent que le Québec ne soit pas un pays, d’autres souffrent de parler une langue abâtardie, d’autres encore regrettent de ne pas être Américain et de ne pas parler anglais comme tout le monde. Même ceux que le fait d’être Canadien contentait n’arrivent plus à relever la tête : un demi-siècle de nationalisme tranquille ayant fini par miner leur crédibilité.
Mais enfin, quelques soient les motifs invoqués, nous sommes tous plus ou moins honteux d’être Québécois! En fait, c’est peut-être la seule chose qui nous unit encore… Nous sommes les Honteux-Unis d’Amérique!
Le joual ne tolère pas la présence du français
Coupée de ses racines, une plante ne peut pousser. Toutes les difficultés d’expression des Québécois proviennent de leur rejet du français.
« Je suis né de parents français...Étant en étroite relation avec mes parents j’avais donc un fort accent français. Et puis vint le temps ou je dû commencer à aller à l’école… Dès ma troisième année, à force de ‘maudit français sale’ et de coups de poing sur la gueule et d’humiliations infligées autant par mes compagnons de classe que par mes professeurs… je n’ai eu d’autre choix que d’apprendre à parler joual.

(Cas rare mais qui révèle des préjugés profondément ancrés)
Le joual est la langue de l’insécurité et du repli sur soi. Le racisme anti-français est l’expression de cette insécurité. Les traits culturels des immigrants français, souvent appréciés à la première génération, ne le sont plus tolérés dès la deuxième. C’est alors que le joual s’impose : à coups de hache s’il le faut…
Quant aux Québécois qui font des efforts pour « bien parler », ils doivent littéralement se battre pour imposer une langue que tout le monde réprouve, d’où un style hypercorrigé qui les rend souvent ridicules.
Les cousins canadiens valent-ils mieux que les maudits Français?
Pourquoi les Français se foutent de notre gueule quand on l’ouvre?
Question difficile et qui fait plus mal qu’on croit…

En France, j’ai été irrité de voir des compatriotes si souvent traités comme des « péquenots ». Mais quand je les voyais, impuissants, à la merci de toutes les « mauvaises langues », incapables de réagir et de se défendre, je me demandais vraiment qui blâmer. Là-bas, quand la bienveillance ou la complaisance ne sont pas au rendez-vous, on nous tire comme des pigeons et, mis à part quelques exceptions que l’on peut compter sur les doigts de la main, rares sont ceux qui se montrent suffisamment articulés pour discuter sur un pied d’égalité avec nos « cousins européens ».
Mais au fait c’est vrai, pourquoi les Français se foutent de notre gueule quand on l’ouvre ? Parce que les Français sont méchants? Sans doute! C’est connu, les Français sont méchants. D’ailleurs, c’est pour cette raison qu’on les appelle « maudits Français ». Nous, par contre, on est gentil. C’est pourquoi les Français nous appellent « cousins canadiens », parce qu’un cousin, ça aussi tout le monde le sait, c’est forcément gentil…
L’insolence de nos cousins est bien connue. Or, les Québécois ignorent souvent à quel point ils peuvent être « baveux ». Eh oui! C’est sans doute dans leurs défauts que chacun a du mal à admettre que les deux peuples se ressemblent le plus.
« L’accent canadien est moche et nul à chier »
(Célèbre animateur français)
Une bonne insulte possède toujours un fond de vérité. C’est évident. Pour blesser, il faut viser juste : « faut frapper là où ça fait mal ». Notre langue n’est pas toujours belle, quoiqu’en dise Yves Duteil.
Le Joual : une langue qui bégaie
 
Quand le Français hésite, le Québécois tâtonne! Bien sûr, chacun réfléchit à ce qu’il veut dire, mais le Québécois se demande aussi comment le dire! Et la plupart du temps, il ne trouve pas de réponse claire à sa question… Pourquoi? Parce qu’il hésite sans le savoir entre deux langues : le joual, le patois courant; et le français, langue de l’écrit, qu’il ne maîtrise pas à l’oral. En outre, indépendamment de ses connaissances linguistiques, il sait que s’il parle « trop bien », il risque d’attirer sur lui l’hostilité et l’incompréhension de ses compatriotes. Molière peut aller se rhabiller : le « vrai monde » veut qu’on lui dise « les vrais affaires » dans la langue de Tremblay!
Parler français, pour la plupart d’entre nous, équivaut à « châtier son langage », c’est-à-dire à perdre son naturel. En public et dans toutes les situations où il faut « bien parler », nombreux parmi nous sont ceux qui ne peuvent compléter la moindre phrase sans butter sans arrêt sur les mots. On observe alors une sorte de bégaiement apparaissant constamment sur le déterminant précédant le « mot mystère ». Ainsi, on entend « des, des, des… pommes de terre » ou bien « la, la, la… gravité universelle ». Cette habitude est si répandue que l’on ne l’entend même plus. Seuls les étrangers remarquent ces défaillances qui donnent de nous l’image d’un peuple bègue.
 
 
Questions sur les commentaires du forum de discussion

1. Quelle image l'acteur Gad Elmaleh utilise-t- il pour décrire le malaise que les gens parlant le joual ressentent ?  Dans quelle mesure la critique du joual peut elle être comparée avec le rejet de la culture québécoise ?
2. Quelles raisons diverses sont évoquées pour justifier cette "honte d'être québécois"?
3. Dans quelle mesure le joual peut il être facteur de rejet  et de repli communautaire ? A quelles dérives conduit ce repli communautaire ?
4.
Quel rapport franco-canadien est mis ici en évidence ?
5.Quelles différences entre le québécois et le français sont évoquées ?


 
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